Les festivals d'été paieront cher leur sécurité : bon vent quand même

Nicolas Gary - 07.07.2018

Culture, Arts et Lettres - Salons - sécurité festivals ministère - Gérard Collomb Intérieur - payer forces police


L’intervention de Jack Lang sera peut-être salutaire pour les organisateurs de festival durant les prochaines semaines. Ou pas. Une circulaire dite Collomb, signée par le ministre de l’Intérieur, impose en effet aux manifestations de payer les renforts policiers. En réalité, ce n'est pas vraiment sa faute...


Forêt des Livres 2014
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Les forces de l’ordre, changées en milice privée pour lesquelles il faut s’acquitter d’un pizzo obligatoire ? La circulaire Collomb avait fait grincer des dents et s’arracher les cheveux : imaginer que policiers et gendarmes qui encadrent un événement sont facturés aux organisateurs dudit événement, c’était marcher sur la tête. 

 

Double peine, pour tout le monde
 

« Il est tout de même étonnant que les forces de l’ordre, dont le financement découle de l’argent public, deviennent une force de milice que le gouvernement facture aux festivals », assurait dans nos colonnes l’organisatrice d’une manifestation de province. Pire : « La police, dont le ministère de tutelle est celui de l’Intérieur, ne discute pas les tarifs, envoie un devis, et facture », poursuivait Bertrand Morisset, patron de l’agence Tome 2, spécialisée dans l’événementiel.


C’est peu dire que cette facturation imposée par l’État sans autre forme de procès allait déplaire. Les coûts de sécurité avaient déjà considérablement — et logiquement — augmenté pour installer des portiques de sécurité, des agents supplémentaires, etc. Mais l’État qui facture la présence de ses agents, c’était la goutte d’eau.

 

Surtout que toute manifestation est auditée par une commission sécurité qui dépend de la préfecture, et sans l’accord de laquelle rien ne peut se tenir. « Payer la maréchaussée dont c’est le métier que de garantir la protection des citoyens, c’est une double peine, pour nous, organisateurs, de même que pour le contribuable — puisque ses impôts servent bien souvent à l’organisation desdits festivals », reprenait Bertrand Morisset.

 

Les terroristes sont toujours à nos portes
 

L’affaire commençait à prendre de sérieuses proportions, au point de contraindre Gérard Collomb, ainsi que Françoise Nyssen, ministre de la Culture, à intervenir dans le débat. Et d'apporter quelques précisions quant à la prise en charge « d’une partie des dépenses de sécurité nécessaires [au] bon déroulement ». 

 

D’abord, plane la menace terroriste, rappellent-ils, « toujours élevée », qui implique « la mise en place de mesures adaptées pour garantir la sécurité des manifestations culturelles et celle des festivaliers ». 

 

Gérard Collomb souligne également que sa circulaire — comme l’avait précédemment expliqué ActuaLitté — revient simplement sur « des règles légales et réglementaires qui étaient déjà en vigueur ». En outre, ces dernières « régissent d’ores et déjà la facturation des services d’ordre ». 

 

Les facturations ne datent pas vraiment d’hier : en effet, alors que Bernard Cazeneuve était ministre de l’Intérieur (gouvernement Valls 1 et 2, à partir du 2 avril 2014), ces modalités de paiement avaient été mises en place. 

 

Bilan d'étape à l'automne 2018
 

Minimisant ainsi l’inquiétude des organisateurs de festivals, et leur colère, les ministres Nyssen et Collomb balayent les « difficultés localisées ayant pu survenir dans l’interprétation du texte ». Toutefois, s’adressant aux préfets, Gérard Collomb demande « de faire preuve de discernement dans l’application de ces instructions ». 

 

Si l’engagement des forces de l’ordre au bénéfice de la sécurité d’événements culturels doit faire l’objet d’une facturation, conformément à la loi, le montant de la prestation doit toujours rester compatible avec l’équilibre économique des festivals. Toute éventuelle évolution du montant facturé doit être discutée suffisamment en amont avec l’organisateur. 

Gérard Collomb et Françoise Nyssen

 


Pas un mot en revanche sur la réduction du fonds qui était, depuis les attentats au Bataclan, dédié au spectacle vivant, pour justement compenser les coûts de sécurité. Ce dernier, de 15 millions €, est passé à 4 millions € pour 2018, et disparaîtra totalement pour 2019. Et moins encore, par conséquence, sur la discrimination qu'il impliquait, étant réservé au spectacle vivant, et rendu inaccessible à tout autre manifestation – comme un festival littéraire.

À l’automne prochain, la circulaire du 15 mai fera l’objet d’un bilan d’étape. Et ce, dans le cadre du comité interministériel de suivi de la sécurité des établissements et événements culturels piloté par le Préfet Guepratte. Ils saluent également l'engagment quotidien des forces de l'ordre, police et gendarmerie, intervenant sur l'ensemble du territoire. Et les ministres de conclure sur leur « profond attachement au bon déroulement des festivals et manifestations artistiques de l’été ».

 

Charge à ces dernières de ne pas oublier qu’en cas de retard de paiement des factures, des pénalités seront appliquées. 

 

Point cependant intéressant à noter : les forces de police ou de gendarmerie qui interviennent pour la protection d’une personnalité politique n’impliquent pas ladite facturation. L’astuce sera donc de multiplier leur présence durant les festivals pour s’épargner les coûts supplémentaires… Par ailleurs, les missions qui relèvent strictement d’une menace terroriste ne sont pas facturées — seules le sont celles qui touchent à l’organisation d’un événement. 




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