Une réunion en vue de négociations entre les intermittents du spectacle et les syndicats patronaux s’est tenue ce lundi 4 mars. La discussion portait avant tout sur la question de l’avenir du régime spécifique d’assurance chômage. Dès dimanche, une dizaine de manifestants occupaient l'intérieur du Théâtre de l’Odéon et la Place de l'Odéon — et ils sont pour le moment décidés à rester. Ils sont d’autant plus déterminés que des affrontements avec les CRS se sont déroulés dès 19h  : gaz lacrymogène, coups de matraque, les tensions sont palpables. 

 

Manifestation des intermittents du spectacle au Théâtre de l'Odéon

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

L’Assemblée Générale organisée par les syndicats des intermittents était censée se passer à l’intérieur du Théâtre de l’Odéon, lieu hautement symbolique de la culture. Mais les CRS, alertés, ont bloqué l’accès au théâtre et progressivement bouché les artères qui y mènent. Quelques militants ont tout de même réussi à siéger à l’intérieur du théâtre, engageant les manifestants présents à « ne rien lâcher » et à poursuivre l’AG dehors. Pour leurs parts, il s’agissait de perturber le plus possible les représentations au théâtre. 

 

Nuit Debout : la « convergence des luttes »

 

Manifestation des intermittents du spectacle au Théâtre de l'Odéon

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

 

« Cet espace public est le nôtre, habitons-le debout ! » Depuis la mise en marche des Nuits Debout, le mouvement s'est répandu dans toute la France. Les manifestants de l’Odéon n’isolent pas leur combat de celui du mouvement qui se tient principalement Place de la République, à Paris. Et si ce mouvement est né d’un rejet de la Loi El-Kohmri (Loi Travail), il devient maintenant l’expression d’un rejet de la politique en général. 

 

Alors que les manifestants présents, moins nombreux, stationnaient devant le Théâtre de l’Odéon, une foule d’autres manifestants — provenant, semble-t-il, de la Place de la République — ont rejoint la Place de l’Odéon et la manifestation des intermittents du spectacle. 

 

Les risques d'une « caisse autonome »

 

Manifestation des intermittents du spectacle au Théâtre de l'Odéon

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

 

C’est à l’issue d’une première phase de négociations dont ils anticipaient les manquements que les syndicats ont donné rendez-vous à des manifestants place de l’Odéon. Les négociations devaient aboutir à un consensus. Lundi 24 avril, le syndicat patronal avait proposé un cadrage financier signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. L’accord comprenait un effort global de 185 millions € d’économies en année pleine d’ici 2018 pour les intermittents, tout en évoquant l’hypothèse d’une compensation de l’État (80 millions €). Les syndicats de la CGT et la CIP disent craindre que cette participation engendre l’ouverture d’une « caisse autonome » qui affaiblirait le système de solidarité en place et retirerait la solidarité interprofessionnelle qui protège jusqu’ici les intermittents. 

 

Les règles spécifiques d’indemnisation chômage allouées aux intermittents du spectacle (artistes et techniciens) connaissent un déficit très important depuis les années 1980 avec la très grande augmentation des bénéficiaires. Selon l’AFP, il atteint environ un milliard € chaque année, l’équivalent d’un quart du déficit général. 

 

Manifestation des intermittents du spectacle au Théâtre de l'Odéon

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

En 2014, Pôle emploi avait répertorié 256.000 salariés ayant cotisé en 2014 à ce régime spécifique. Pour qu'un intermittent y ait droit, il faut qu'il ait travaillé 507 heures au cours des dix mois et demi précédant la fin du dernier contrat de travail. Le nombre d'intermittents est en progression de 5 % depuis 2010, dont seulement 38 % remplissaient les conditions nécessaires pour toucher les allocations. 

 

Une porte-parole d’un syndicat d’intermittents l’a dit : préserver la protection des techniciens est primordial. « La question sans laquelle on ne signera pas un accord, c’est celle du technicien. Ce n’est pas encore acquis. […] Le Medef a été déloyal. » Les techniciens, on le comprend, sont encore plus touchés par la crise en cours. 

 

Les syndicats annoncent un préavis de grève dès jeudi. Les négociations continuent, mais le Théâtre de l’Odéon est toujours occupé par la dizaine d’intermittents en place. La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, en déplacement dans la Drôme et l’Ardèche hier, affirmait « comprendre cette mobilisation ». Le théâtre a indiqué que la pièce Phèdre(s), avec Isabelle Huppert, aurait bien lieu ce soir. 

 

Mais qu’en est-il des 50 millions € débloqués « pour le spectacle vivant et la démocratisation culturelle », comme annoncé à Metz le 7 avril dernier par Audrey Azoulay ? Les intermittents sont, pour le moment, occupés à défendre leurs acquis.

 

MàJ 18h19 : Les intermittents du spectacle sont « déterminés » à rester à l'Odéon et la représentation de Phèdre(s) est annulée, a annoncé la direction, mardi 26 avril. Le théâtre est occupé depuis dimanche soir par plusieurs dizaines de personnes, rapporte l'AFP.