Les lettres d'Afrique victimes d'une “faiblesse de management et de gestion”

Nicolas Gary - 21.03.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - Pavillon Lettres Afrique - Côte ivoire Paris - salon livre Paris


Après deux années de présence au salon du livre de Paris, l’absence du Pavillon des Lettres d’Afrique en 2019 a été fort remarquée. En cause, des problèmes économiques, et l’accumulation de dettes qui ont poussé les coorganisateurs à refuser que l’Agence Culturelle Africaine ne réimplante son stand. Mais la Côte d’Ivoire, partenaire historique de cette programmation, souhaite aussi mettre les pendules à l’heure.


crédit Pavillon des Lettres d'Afrique
 

ActuaLitté avait détaillé longuement l’origine du désaccord entre Livre Paris et l’ACA, fondée et dirigée par Aminata Diop Johnson. Au cœur du problème, le fait que les sommes dues pour l’année 2018 n’étaient toujours pas réglées. Et Livre Paris avait alors posé pour condition expresse que non seulement l’Agence règle son ardoise, mais plus encore qu’elle paye 2019 par anticipation. 

Aminata Diop Johnson, malgré nos sollicitations, n’avait pas apporté de réponse aux questions qu’alimentait cette absence. Dans une tribune publiée sur Africultures, elle n’apporte pas plus de précisions, restant dans un flou global — et faisant totalement l’impasse sur les sommes encore à régler.
 

La poussière, sous le tapis


C’est en revanche une profession de foi autant qu’une déclaration d’amour qu’elle livre : « Aucune barrière n’a entravé ma détermination, animée que j’étais par la conviction que l’Afrique ne devait pas être en marge des grands rendez-vous culturels internationaux. »

Tout en reconnaissant des audaces, mais encore faut-il savoir lire entre les lignes : « Les risques que j’ai parfois pris étaient justifiés et rendus nécessaires pour la construction d’un projet d’une telle envergure. » Et de promettre qu’avec la saison culturelle de 2020 qui doit mettre en France l’Afrique à l’honneur, le projet reviendra de plus belle. 

Elle lance ainsi un appel et souhaite que les partenaires motivés la rejoignent, en concluant : « Les Lettres d’Afrique seront au rendez-vous en 2020, vous pouvez compter sur moi ! »

Le fond du problème réside malgré tout dans les sommes encore non réglées, à différentes manifestations : tant Livre Paris que la Foire du livre de Bruxelles attendent que le Pavillon d’Aminata Diop règle ses factures. Et à ce jour, les choses doivent encore avancer. 

De même, le Pavillon avait “vendu” à des pays africains une présence sur le salon du livre de Genève, totalement usurpée : jamais aucun accord ne fut passé entre le Salon africain, qui célèbrera à Genève sa 16e année d’existence, et l’Agence Culturelle africaine. 
 
La situation, des plus floues, a contraint le ministère de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire à établir une « mise au point », largement diffusée. Dans ce courrier, le ministre, Maurice Bandaman, revient sur les raisons pour lesquelles le Pavillon « stand fédérateur des pays africains au Salon du livre de Paris, n’a pas ouvert ses portes cette année ».  
 

“Faiblesse de management et de gestion”


Car son absence a laissé un vide véritable, que les professionnels ont amplement déploré. « Il ressort de l’examen de ce dossier que l’Agence Culturelle Africaine (ACA), administratrice du Pavillon, a laissé une dette qui a contraint les organisateurs du Salon du livre de Paris à ne pas autoriser son ouverture. À cela s’ajoutaient les importants frais d’organisation de l’édition 2019 », indique le ministre.

Maurice Bandaman (ministre de la Culture et de la Francophonie de la Côte d'Ivoire) - Salon du Livre de Paris 2015
Maurice Bandaman - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Et d’ajouter : « La dette contractée est due, manifestement, à une faiblesse de management et de gestion, ainsi qu’à la dispersion de l’Agence Culturelle Africaine (ACA) dans diverses autres activités culturelles budgétivores. »

Il assure également que les engagements financiers contractés par la Côte d’Ivoire ont été, eux, honorés « dans les délais ». Et de même pour les sponsors et pays africains inscrits au Pavillon — en regard des informations que détient le ministre. 

La création du Pavillon fut un grand moment, et l’engagement de la Côte d’Ivoire fut alors largement salué, « une admirable vitrine internationale au service du livre, des éditeurs, des écrivains africains et de ses diasporas ». 

Une question demeure toutefois : Reed Expo, partenaire du SNE dans l’organisation de Livre Paris, se fait fort d’une règle d’or, infrangible. Si un exposant ne paye pas son année, il n’est pas autorisé à exposer l’année suivante. Or, c’est bien ce qui s’est déroulé : le Pavillon avait laissé des dettes en 2017, mais fut malgré tout autorisé à revenir en 2018.

« Logiquement, la question de la présence du Pavillon n’aurait même pas dû se poser », soulignait en février dernier un proche du dossier. Un argument qui plaiderait, une fois de plus, en faveur d’un Reedxit ?

 


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