Les luttes pour l'indépendance à travers les revues, à l'INHA

Antoine Oury - 07.11.2017

Culture, Arts et Lettres - Expositions - revues expo inha - inha revues - Sismographie des luttes


À partir du 9 novembre prochain, l'Institut national d'histoire de l'art (INHA) propose une grande exposition intitulée « Sismographie des luttes. Vers une histoire globale des revues critiques et culturelles », qui reviendra, comme son nom l'indique, sur le format de la revue, du XVIIIe siècle à nos jours. Une installation vidéo et audio de Thierry Crombet et Jean-Jacques Palix permettra de parcourir le monde, les courants de pensée et les influences graphiques.

 
 

Les 16 et 17 novembre, un colloque international, « La revue critique et culturelle dans le monde. Révolution, subversion et émancipation du XVIIIe siècle à nos jours » réunira à l’auditorium de la galerie Colbert de nombreux spécialistes de ce domaine. 

 

L’équipe du domaine de recherche « Histoire de l’art mondialisée » et du programme « Observatoire : Global Prospective » de l’Institut national d’histoire de l’art conduit depuis plus de deux ans, sous la direction de Zahia Rahmani, un projet de recensement des revues critiques et culturelles non européennes, relevant de productions diasporiques. 

 

De l’avènement des premières révolutions à 1989, depuis l’Abeille Haytienne, parue en 1817, jusqu’à une plus récente, Deng, revue kurde née en 1989 et toujours publiée aujourd’hui, elles témoignent des luttes pour les indépendances. À ce jour, plus de 1 000 revues critiques et culturelles ont été répertoriées. Ce corpus donnera lieu à la création d’une base de données en accès libre. 

 

Nées dans l’urgence et souvent en contexte colonial, portées par une ambition tant critique et politique qu’esthétique, poétique et littéraire, les revues ont perpétué une inventivité graphique et scripturale, dont il faut souligner la rareté. Elles font constamment irruption dans les luttes menées par des femmes et des hommes pour leur émancipation. La revue papier a durant deux siècles été l’espace d’expériences esthétiques et critiques protéiformes. 

 

Faites de singularités formelles et de volontés politiques envers des communautés humaines, objets précaires, animées par des causes nobles et l’obstination de leurs auteurs, souvent dans des conditions d’adversité matérielle, sociale et politique fortes, les revues témoignent, pour toutes ces raisons, d’une puissance plastique rare, dont il faut aujourd’hui restituer l’apport.

 

Sismographie des luttes. Vers une histoire globale des revues critiques et culturelles, installation vidéo-sonore montée par Thierry Crombet et mise en son par Jean-Jacques Palix, se compose de trois films. Deux sont constitués d’un montage d’images issues des revues ; le troisième réunit des textes manifestes en anglais ou traduits en français pour l’occasion. Projetés simultanément, ces films rendent compte d’un recensement inédit des revues produites dans le monde comme autant de traces matérielles des premières luttes pour l’autonomie, l’indépendance, les processus démocratiques ou l’égalité, ayant traversé les aléas d’histoires convulsives et bouleversées. Certaines d’entre elles sont toujours présentes dans le paysage éditorial.

 

Dans ce montage visuel et sonore, couvertures, textes, portraits de fondateurs présentent un long continuum d’inventions graphiques réunissant quelque 800 documents. Des figures de femmes et d’hommes apparaissent, intellectuels majeurs, militantes et militants, activistes, femmes et hommes de lettres, artistes : auteurs de textes littéraires, poétiques, visuels et politiques. Ils marquèrent leur époque et au-delà. 
 


 

Ce sont Zitkala-Ša, Carlos Montezuma, Ramananda Chatterjee, Hiratsuka Raichō, W.E.B. Dubois, Mohandas Karamchand Gandhi, Marcus Garvey, Lu Xun, Rabindranath Tagore, Paulette Nardal, Chen Duxiu, Oswald de Andrade, Victoria Ocampo, René Ménil, Aimé Césaire, Abdellatif Laâb. 

 

L’exposition propose un déroulement chronologique et rend sensibles des temporalités communes, des temporalités sismiques, de l’Amérique Centrale à l’Asie du Sud Est, du Nigéria à la Chine, de la Bolivie à l’Inde, de la Namibie à l’Australie, de l’Iran au Japon, et bien d’autres conjonctions territoriales traversées épisodiquement par des situations politiques semblables, parfois étrangères au monde européen et ses conflits. 

 

Ce montage visuel et sonore ne prétend pas à l’exhaustivité, mais témoigne d’une recherche collective, multilingue et décentrée, telle qu’elle a été menée à l’INHA. Il fait la démonstration de la pertinence d’une histoire globale de l’art, qui permet de réévaluer et surtout de témoigner de la vie intellectuelle politique, artistique et critique, qui s’est exercée au cœur des empires coloniaux. 


Responsable du programme de recherche, commissaire de l’exposition
Zahia Rahmani (INHA)
Chargées de la recherche, assistantes de l’exposition
Florence Duchemin-Pelletier (INHA) Aline Pighin (INHA)
Montage
Thierry Crombet (RelativDesign)
Composition musicale originale
Jean-Jacques Palix