Les Misérables, miroir brisé de notre République

Auteur invité - 12.02.2020

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Misérables Ladj Ly - France police sécurité - BAC Montfermeil sécurité


Les Misérables, le dernier long-métrage à succès de Ladj Ly vient de rentrer bredouille de Los Angeles. S’il n’a pas permis à la France de regagner un Oscar, il ne permettra pas non plus de regagner les territoires perdus de notre République. Les Misérables est un film réussi, mais mis au service d’idées délétères.




 

L’histoire débute avec le vol d’un lionceau dans un cirque de Montfermeil par un jeune des cités, à l’origine d’une grave bavure de la BAC. Deux des trois agents sur place vont vouloir étouffer l’affaire filmée par un drone. Cela appellera une vengeance sanglante de la part de la victime. En arrière-plan, l’influence des grands-frères et des salafistes désireux d’instrumentaliser la situation électrique.


D’un point de vue strictement cinématographique, c’est bluffant. Immergés dans le chaudron explosif des banlieues, on se prend une véritable claque. On mord à l’intrigue bien ficelée, au jeu des acteurs excellents, à la façon de filmer tour à tour aérienne et embarquée avec les policiers. Beaucoup moins aux déclarations du réalisateur : « C’était important de décrire comment ça se passe de l’intérieur, sans prendre parti, sans porter de jugement sur les personnages, mais juste de décrire cette réalité » ou encore « Je tenais à témoigner, pas à prendre parti ».


Déconstruisons la tartufferie. L’inconscient se déploie dans les effets du langage, disait Lacan. Se targuer d’être objectif, en soit cela relève déjà d’une certaine façon de la subjectivité. À l’instar du mot « réalité ». Ladj Ly oublie que le 7e art comme moyen de représentation esthétique est une forme d’expression employant différents détours pour livrer quelque chose à la foi de l’ordre de l’indicible et de l’arbitraire chez le cinéaste.


Il y a le signifiant, mais aussi, et surtout le signifié. En s’attachant exclusivement à montrer la chaîne causale aboutissant à l’embrasement d’un quartier sensible, Ladj Ly légitime la violence mécanique des jeunes de banlieue envers les forces de l’ordre en produisant le message suivant : « Vous voyez, il ne faut donc pas vous étonner : œil pour œil, dents pour dents ! » 


Ce n’est pas républicain dans la mesure où les bavures policières en banlieue sur le total des interpellations restent, bien heureusement, l’exception et non la règle. C’est caricatural et on aimerait en dire autant du nombre d’attaques aux biens et aux personnes. Malheureusement la réalité elle est tout autre. Faire appliquer la loi devient extrêmement difficile pour les forces de l’ordre qui ne peuvent plus rentrer dans certains quartiers gangrenés par les trafics de stupéfiants.




 

Pas constructif non plus en termes de vivre-ensemble pour un pays de plus en plus balkanisé qui en aurait pourtant bien besoin et où sa Police – il est en ce moment très important de le rappeler – est là pour assurer l’ordre. Sans quoi ni la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité ne peuvent être garanties, en particulier pour les plus démunis qui sont les premières victimes de l’insécurité.
 

Et surtout déresponsabilisant pour une partie de la jeunesse des quartiers qui aime à se victimiser en permanence alors que comme le film le montre bien les policiers vivent les mêmes difficultés socio-économiques, peuvent s’indigner des dérapages de certains de leurs collègues.
 

Si le film n’est certes pas une charge anti-flics, il produit en tout cas un effet misérabiliste sur le spectateur tenté d’excuser les jeunes hors-la-loi que d’ailleurs seuls les Frères musulmans dans le film considèrent. Ce n’est pas sain, car c’est tout sauf les aider. C’est les entretenir, les cantonner dans cette voie mortifère, les tirer vers le bas.
 

La citation de Victor Hugo qui clôture le film résume à elle seule le ton plaintif et l’état d’esprit culpabilisateur de Ladj Ly pour qui le vrai responsable du naufrage des banlieues n’est finalement ni l’islamisme, ni la Police, surtout pas les délinquants, mais l’État : « Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs ».
 

La France donc, ses institutions, son école gratuite, laïque et obligatoire, nous tous. Qui payons pourtant des impôts pour financer les services régaliens du pays, sa sécurité sociale que beaucoup nous envient. Comme mauvais engrais on fait pire.


par Alexandre Folman




Commentaires
donc dans un souci de discrimination positive actualitté se permet un petit article d'opinion méga réactionnaire et de qualité très moyenne (il ne s’appuie que sur des caricatures et des exagérations).

Hebé, pas grave, si cela peut servir à quelque chose, mais honnêtement le niveau discursif est plutôt niveau poubelle. Tout est basé sur une soit dite sacralité (et fausse) notion de pureté des flics et des valeurs inexistants.

Je le dis quand même car il est super violent pour les victimes et proches des victimes (méga nombreux) des injustices et bavures de se retrouver confrontés à un tel vomi idéologique (c'est alliance ou le rn qui payent?) sur cet site.
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