Cinéma : 40 % des grands succès sont des adaptations

Antoine Oury - 24.04.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - adaptations - oeuvres françaises - cinéma


La Société Civile des Editeurs de Langue Française (SCELF), à ne pas confondre avec le SELF (Syndicat des Écrivains de Langue Française), est chargée de représenter les éditeurs d'oeuvres en langue française auprès des sociétés de gestion collective. Ce faisant, elle a accès aux données concernant les ventes de droits, et notamment ceux en vue d'une adaptation cinématographique.

 


Cinéma du Panthéon, Paris

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Cette étude est la première du genre, souligne la SCELF, et couvre les huit dernières années, de 2006 à 2013 : elle prend en compte tous les films ayant bénéficié d'une sortie en salles en France, et s'arrête plus particulièrement sur les adaptations d'oeuvres de langues françaises, qu'elles viennent de France, Belgique, Suisse ou d'ailleurs. Cela inclut tous types de publications, à l'exception des pièces de théâtre, « qui mériteraient à elles seules une étude dans la mesure où elles ont donné lieu à 70 adaptations sur huit ans ».

 

Sur la période étudiée, le nombre d'adaptations par an reste constant, autour de 20 % des films sortis annuellement, avec une variation de 2 % selon les années. La SCELF note toutefois que les adaptations d'oeuvres françaises, elles, ont connu une hausse sans précédent, passant de 23 %  des adaptations en 2006 à 32 % en 2012. D'après la Société, cela s'explique par un plus fort investissement des maisons d'édition pour présenter leur catalogue, ainsi que par la poussée de la bande dessinée, la popularité des rencontres professionnelles, et enfin un intérêt croissant des producteurs.

 

 

Photographie des adaptations cinématographiques en France (extrait de l'étude du SCELF)

 

 

Le genre des oeuvres les plus adaptées est le roman et la nouvelle, qui représentent à eux seuls 62% du nombre total d'adaptations. « Suivent la littérature jeunesse avec 12%, la bande dessinée avec 11%, le récit et le témoignage 7% et le document-essai 4% », poursuit l'étude. La poésie, elle, demeure une inspiration plus rare, et cantonnée aux oeuvres du domaine public, généralement des épopées.

 

Deux genres, sans surprise, ont connu une forte popularité en quelques années : la bande dessinée, tout d'abord, qui augmente de près de 40 % en 8 ans, note l'étude, mais aussi la « non-fiction », autrement dit les documents ou les témoignages, qui a pratiquement doublé dans les statistiques, en 5 ans.

 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les producteurs d'adaptations, d'oeuvres françaises ou étrangères, sont plus enclins à choisir une oeuvre sous droits, plutôt qu'un ouvrage tombé dans le domaine public.

 

 

 

 

Toutefois, pour les producteurs français, le recours à des adaptations d'oeuvres littéraires semble être devenu une mesure de sécurité, en ce qui concerne les retours financiers. En effet, l'argent investi par la production française dans les adaptations de livres de toutes nationalité est supérieur à celui investi... dans le marché du cinéma français lui-même. La part de la production française dans des adaptations, toutes langues de l'oeuvre originale confondues, oscille entre 32 et 57 %.

 

Les pays asiatiques produisent beaucoup moins d'adaptations, avec seulement 5 % de la masse globale de films, la plupart de ces adaptations venant d'une bande dessinée préexistante. Les Américains en sont beaucoup plus friands, avec 35 % d'adaptations produites sur la période 2006-2013. Enfin, la production européenne a visiblement beaucoup investi dans ce secteur, avec une hausse considérable entre 2006 (18 %) et 2013 (27 %).

 

 

 

Au rayon des entrées en salles, les adaptations sont par ailleurs la garantie, ou presque, d'un carton au box-office : 40 % des films ayant totalisé plus de 500.000 entrées sont des adaptations, avec un pic en 2012 à 42 %, annonce l'étude. Le succès des adaptations s'est accru depuis 2010, note encore le document du SCELF. Et, si l'on limite les chiffres aux films ayant totalisé plus de 2 millions d'entrées, les adaptations représentent plus de la moitié de ces très grands succès.

 

 

Le top des adaptations au box office, sur la période 2006-2013