Les technologies, "nouvelle voie pour découvrir les classiques"

Louis Mallié - 22.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon du livre de Paris - Aprimerie - Camus


À l'heure où le numérique redéfinit les approches traditionnelles du livre, le stand Savoir et Connaissance du Salon s'intéresse à notre rapport aux ouvrages classiques. Le débat qui a réuni l'auteur de BD Jacques Ferrandez, Adèle Pédrole, et Dominique Viart autour de la question « Comment découvrir les classiques ? ». Vaste interrogation explorée tour à tour par chacun des intervenants qui ont vu dans les nouvelles technologies l'opportunité de renouer avec les classiques.

 

 

 

 

Comme à la manière d'une dissertation, les conférenciers ont d'abord tenu à définir les termes du sujet. Auteur d'une Anthologie de la littérature contemporaine parue en 2013 chez Armand Collin, Dominique Viart reprend la définition d'Italo Calvino dans Pourquoi lire les classiques ?  Il a tenu à préciser que les classiques sont ceux « dont les écrits permettent de rendre compte d'une époque ». Également professeur de lettres à l'université de Paris Ouest, il a pointé la grande difficulté actuelle pour parvenir à identifier un potentiel classique au milieu de la pléthore des nouvelles parutions.

 

« Autrefois, les revues littéraires étaient beaucoup plus libres, et leur objectif était toujours de faire connaître un ouvrage passé à côté de l'attention du public et des critiques. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Du fait de leurs modèles économiques, les revues cherchent plus à parler de ce que tout le monde connaît pour faire vendre plus sûrement. » Enfin, il a insisté sur le regard nouveau que la littérature contemporaine permettait d'apporter sur les classiques : les lier à des thématiques contemporaines n'est-ce pas mettre en valeur leur universalité en dépit du temps ?

 

La responsable éditoriale de l'Apprimerie Adèle Pedrola a proposé une reconsidération des classiques à travers l'approche des nouvelles technologies. Créatrice d'eBook dans les formats interactifs HTML5 et ePub3, elle a tenu à expliquer comment la lecture numérique pouvait réorienter un public dédaignant de plus en plus les ouvrages classiques (voir notre actualitté).

 

Jouant sur la fascination moderne pour les images, ou encore l'exigence ludique, les oeuvres interactives redonnent un teint neuf aux oeuvres aussi anciennes soient-elles. C'est ainsi ce que font les (très) belles éditions interactives qu'elle a présenté, et qui remettent à l'honneur deux grands incontournables de la littérature : Voyage au centre de la terre et Le Horla. Une nouvelle expérience de lecture pour (re) découvrir des classiques. « Il s'agit aussi de montrer aux enfants que la lecture des classiques n'est pas ennuyeuse. »

 

Auteur d'une adaptation de l'Étranger de Camus en bande dessinée parue en 2013 chez Gallimard BD, Jacques Ferrandez a parlé de l'adaptation graphique, façon d'exprimer une vision personnelle de l'oeuvre, et d'utiliser l'attrait des images pour mener à la lecture.  Mais les adaptations des livres ne sont-elles pas des déformations de l'oeuvre originale ? « Non. Ce n'est pas l'oeuvre qu'on trahit, c'est la vision du lecteur, puisque l'adaptation rend elle-même compte d'une expérience de lecture », répond-il.

 

Dominique Viart ajoute que le théâtre était un art qui supposait une interprétation de lecture permanente qui était depuis longtemps largement acceptée : « Par exemple, Phèdre n'avait pas nécessairement la tête de Dominique Blanc pour tout le monde » a-t-il plaisanté, faisant allusion à la mise en scène de Patrice Cherreau de l'oeuvre de Racine. Avant de conclure : « L'adaptation est une méthode au sens étymologique du terme de "détour" pour mieux revenir au centre des oeuvres. »

 

L'adaptation (de tout type, bande dessinée ou eBook) semble donc le maître mot de cette nouvelle (re) connaissance des classiques et du dialogue qu'ils entretiennent toujours avec nous. À découvrir et redécouvrir, en attendant que le temps ait achevé de choisir les classiques nés d'aujourd'hui.