Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Lire en Poche : les prix littéraires, “un éclairage supplémentaire” pour les auteurs

Auteur invité - 20.06.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - Lire Poche Gradignan - salon livre poche - gironde livre lecture


Créé en 2005, Lire en poche, basé à Gradignan, est le premier salon du livre en France consacré aux livres au format poche. Il fêtera sa 13e édition du 6 au 8 octobre prochain, et c’est Harlan Coben qui en sera le parrain. Rencontre avec Lionel Destremau, le commissaire général de la manifestation. 

 

propos recueillis par Delphine Sicet
 

 

 

Delphine Sicet : Quels ont été les objectifs et ambitions de la pérennisation de vos actions à l’année ? 


Lionel Destremau : La mise en place d’une animation à l’année structurée s’est effectuée à partir de 2012 selon trois objectifs principaux. Le premier était de faire en sorte que Lire en poche n’existe pas seulement sur les 3-4 jours du salon lui-même, mais trouve un écho au fil de l’année, voire prépare le point d’orgue de l’édition à venir.

Le deuxième fut de développer l’ancrage de Lire en poche sur la commune, en intégrant dans le fil de cette animation annuelle des actions déjà en place, en leur donnant plus de visibilité, ou en ajoutant de nouvelles actions, auprès de publics différents. Le troisième est un « work in progress », à savoir l’exportation de Lire en poche hors de ses murs communaux, en faisant aussi en sorte de nouer des relations avec d’autres événements, tout en leur ménageant une place sur le salon en octobre. 
 

Quels outils et moyens ont-ils été mis en œuvre ? 


Lionel Destremau : 2012 a été une année charnière pour le salon. Il a fallu à la fois envisager son propre développement et celui d’une animation annuelle en restant dans des budgets contraints. C’est aussi passé par les partenariats. D’une part en se rapprochant davantage des structures de la commune ; que ce soit la médiathèque, les différents établissements scolaires de tous niveaux, l’Epaj (centre d’animation pour les ados et jeunes), mais aussi la Maison de la nature ou encore la ludothèque, et en développant une opération de book-crossing étendue à près de 70 points relais dans la ville (commerces, cabinets médicaux, musées, petites entre — prises, etc.).

D’autre part, avec d’autres manifestations hors les murs où Lire en poche présente une action : le marché de la poésie de Bordeaux, l’Escale du livre, le Salon du livre jeunesse du Bouscat, le salon Polar en cabanes à l’Utopia, voire au-delà, le Salon du polar de Pau début octobre. 
 

... L’objectif reste principalement de soutenir une œuvre en lui donnant un petit éclairage supplémentaire par le biais du prix et de l’invitation des auteurs au salon, qu’ils soient ou non lauréats d’un prix. 

 

 

Quelle(s) place(s) ont les quatre prix Lire en poche que vous décernez ? 


Lionel Destremau : Chacun des quatre prix a une place différente, selon son mode de fonctionnement et les partenaires qu’ils impliquent. Nous essayons autant que possible de mettre en place des sélections variées, mêlant des auteurs confirmés à des primo-romanciers. De fait, nous essayons d’écarter, au moment des présélections faites en interne, les ouvrages ayant déjà reçu de grands prix.

Restent cependant des inconnues, avec d’autres prix qui arrivent à tel ouvrage alors que la sélection est déjà déterminée, mais c’est épisodique. L’objectif demeure principalement de soutenir une œuvre en lui donnant un petit éclairage supplémentaire par le biais du prix et de l’invitation des auteurs au salon, qu’ils soient ou non lauréats d’un prix. 
 

Pouvez-vous décrire les modalités de fonctionnement de ces prix ? 


Lionel Destremau : Les trois prix originaux sont celui de littérature française (établi par un jury de 10 lecteurs de la médiathèque de Gradignan, 5 hommes, 5 femmes), celui de littérature traduite (établi par les 12 libraires d’Aquitaine qui participent au salon), celui de littérature jeunesse (établi par des classes de CM1, CM2, 6e et 5e d’établissements de Gradignan). Le quatrième prix, né en 2012, celui du polar, en partenariat avec Sud Ouest, est un prix des lecteurs avec un vote en ligne.

Enfin, depuis trois ans, un concours de nouvelles est organisé au lycée, avec une classe (en général de première S), qui donne lieu à la remise d’un iPad et de bons d’achat de livres pour trois lauréats, en partenariat avec un mécène privé, le Crédit agricole. Les sélections sont effectuées à partir des nouveautés poche parues entre la rentrée du salon en cours (fin août-septembre) et le printemps du salon suivant (mars-avril). 

 

... Le sens premier à tous ces prix est donc celui de laisser aux lecteurs, qu’ils soient de grands lecteurs ou non, le soin de choisir le/la lauréat(e).

 

 

Quel est l’impact des prix sur le territoire ?


Lionel Destremau : Les prix touchent des publics très variés, un lectorat local en littérature française, des jeunes et des ados avec les primaires, collèges et le lycée, des professionnels avec la littérature traduite et un lectorat régional avec le prix polar. Les ouvrages lauréats sont mis en avant lors du salon ; avec cérémonie de remise des prix, table dédiée pour la vente des ouvrages en plus des différents stands, présence des auteurs des sélections dans la mesure du possible et des lauréats, ces derniers participant à au moins une rencontre pendant Lire en poche.

En littérature française, les jurés sont très investis, ils viennent au salon, disposent d’un temps dédié avec le lauréat du prix. En littérature jeunesse, les classes participantes accueillent bien souvent l’auteur lauréat ou les enfants viennent en famille pour le rencontrer. En polar, un votant est tiré au sort pour venir à la soirée de gala du salon en compagnie de tous les auteurs présents. Le prix remis par un vote des libraires a aussi sa particularité, parce que s’il met en avant une œuvre de littérature étrangère, il met aussi l’accent non sur l’auteur mais sur la qualité du travail des traducteurs, souvent dans l’ombre alors qu’ils sont un élément essentiel à la visibilité et l’appréhension des littératures du monde. 
 

En fonction des jurys, quel sens accorder à chacun de ces prix ? 


Lionel Destremau : Avant toute chose, quels que soient le prix et son mode de vote, ce sont des lecteurs, jeunes ou moins jeunes, qui votent. Pas de membre de l’organisation du salon par exemple, pas de personnalité particulière ou d’auteurs invités, aucune voix qui ne compte plus qu’une autre, etc. Le sens premier à tous ces prix est donc ce — lui de laisser aux lecteurs, qu’ils soient de grands lecteurs ou non, le soin de choisir le/la lauréat(e).
 



Ils permettent aussi des échos très différents à la manifestation : par exemple en littérature jeunesse, les enfants qui participent chaque année ont le sentiment que leur regard, leur goût de lecteur est pris en considération, cela permet de nouer entre eux un dialogue autour des livres sélectionnés, de motiver leur appétence de lecture, et enfin, de manière collatérale, de pousser leurs parents à venir au salon, à nouer ou renouer un lien avec le livre. 

 

Ces prix ont-ils généré des attentes auprès de vos publics et partenaires ? 


Lionel Destremau : En termes organisationnels, la médiathèque est très investie et intègre complètement le salon dans sa programmation annuelle avec une déclinaison d’actions autour des sélections. Les établissements scolaires sont généralement preneurs de nos propositions et nous recevons d’ailleurs de nombreuses sollicitations de collèges d’autres villes métropolitaines. Cela nous encourage à nous renouveler et à engager une dynamique de projets et d’actions hors les murs sur le territoire métropolitain, en collaboration étroite avec des lieux relais motivés. 
 

Ensuite, si nous prenons l’exemple de la littérature française, nombreux sont les membres de jury qui souhaitent refaire l’expérience. Nous avons établi une règle imposant de ne pouvoir candidater au jury d’une année sur l’autre, afin que les jurés puissent changer régulièrement. C’est dire si l’investissement de ces lecteurs (parfois des lecteurs occasionnels pour qui lire six livres en peu de temps est une gageure), est une expérience enrichissante. Certains découvrent tout un pan de littérature française par ce biais. Autre exemple, le prix du polar, qui est depuis deux ans centré sur les auteurs francophones uniquement.

En fait, nous nous sommes aperçus qu’en augmentant la concurrence entre les auteurs sélectionnés (on ne peut voter qu’une fois), la participation au prix a grandement évolué ; manière aussi de soutenir les créateurs français, face à une présence très importante des Anglo-Saxons ou des Nordiques dans le genre polar. De fait, les éditeurs commencent à jouer le jeu à leur tour. Ainsi le prix polar de cette année disposera d’une bande annonçant le prix lors de sa prochaine réimpression et donc de sa présence dans les librairies.

Et puis, enfin et surtout, les auteurs sont chaque année très heureux de ces prix, parce que ce sont des lecteurs qui votent, parce que cela leur donne une visibilité supplémentaire, parfois même à leur grande surprise s’agissant de primo-romanciers tout juste réédités en poche.