Lire en Short, deuxième : plus d'ados, de maires et d'argent

Antoine Oury - 07.12.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Lire en Short évaluation - Vincent Monadé CNL - SLPJ Sylvie Vassallo


De l’avis du président du Centre National du Livre, Vincent Monadé, et de Sylvie Vassallo, directrice du Centre de Promotion du Livre de Jeunesse, la première édition de Lire en Short est en franc succès, qui a dépassé les attentes. Avec 300.000 visiteurs et 1600 événements, les attentes ont été dépassées, aussi bien au niveau de la fréquentation (200.000 visiteurs prévus à l’origine) que de l’adhésion des professions du livre. Néanmoins, la deuxième édition devra encore transformer l’essai.

 

Inauguration de Lire en short, manifestation jeunesse

L'inauguration de Lire en Short, en juillet dernier (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les deux organisateurs ont dressé un rapide bilan de la première édition de la manifestation, et annoncé quelques innovations pour la deuxième édition de Lire en Short, qui se déroulera du 20 au 31 juillet 2016, avec un début le mercredi, et non le vendredi, « pour ne pas louper le jour des centres aérés », précise Vincent Monadé, qui a également exprimé « une forte volonté de retravailler avec le CPLJ ».

 

Le président du Centre National du Livre se félicite d’un « succès en termes de mode de fréquentation : des gens très éloignés du livre ont participé aux événements, car ils étaient accessibles. De ce point de vue, le pari est largement gagné, et doit être absolument poursuivi l’année prochaine », explique-t-il. Néanmoins, la promesse d’une évaluation qualitative de la fréquentation n’a pas été tenue, et il reste difficile de connaître l’impact de l’opération auprès des personnes éloignées du livre.

 

« Le CNL n’a pas les moyens de réaliser une évaluation qualitative réelle sur l’opération », reconnaît Vincent Monadé au micro de ActuaLitté. « Ce que l’on évoque vient de ce que nous avons vu sur le terrain et des retours des organisateurs, qui nous rendent compte de leur expérience. Je m’entretenais à l’instant avec une organisatrice d’événement en Franche-Comté qui a proposé des lectures au pied des cités et une exposition, et je sais alors que nous avons touché des jeunes. » 

 

Une évaluation des ventes de livres aurait pu être effectuée, mais « j’ai toujours refusé de la faire, quitte à désarçonner les éditeurs. L’opération n’est pas conçue pour vendre des livres, mais pour redonner le goût de lire aux jeunes. Nous verrons dans 10 ans si nous avons créé une génération de lecteurs, c’est impossible de le faire avant. »

 

Couvrir plus largement le territoire, et la population

 

Le bilan fourni par les organisateurs laissait apparaître de fortes inégalités entre les territoires, pour les événements disponibles : « Des trous réels ont été constatés dans le Nord, à l’Est, dans le centre de la France et dans les Dom-Tom, à l’exception de La Réunion », constate-t-on effectivement, et « des contacts ont été pris avec les maires, notamment l’Association des Maires ruraux, pour travailler plus en amont avec eux, notamment sur les communes rurales défavorisées », expliquent les organisateurs. Les DRAC, au niveau régional, seront aussi sollicitées, et Fleur Pellerin va faire parvenir une lettre aux conseillers lecture pour les mobiliser.

 

Le public potentiel, qui concernait les jeunes entre 3 et 12 ans, comprenait 5,5 millions d’enfants : 300.000 personnes auront participé à Lire en Short, accompagnants compris. « Cela nous laisse une formidable marge de progression », commente-t-on, avec l’espoir que des familles ou jeunes aient retenu le nom de l’événement et prévoient de s’y rendre l’année prochaine. « Lire en Short a été l’occasion de faire passer un message positif sur la lecture, le premier depuis longtemps, et c’est important pour les attirer », souligne ainsi Sylvie Vassallo. L’intérêt des médias pour la manifestation a été, à ce titre, particulièrement apprécié.

 

Il a toutefois manqué « un impact de communication national » souligne-t-on : les participants arrivaient sur les lieux par hasard, et rarement après avoir prévu leur venue. Pour améliorer cette communication, le travail avec des structures hors du champ du livre sera renforcé : « Les rencontres avec les milieux de la famille, de l’enfance, du tourisme, ainsi que l’échange de savoir-faire, pourront permettre de faire progresser la manifestation », souligne Sylvie Vassalo, qui cite la Ligue de l’enseignement ou la Fédération des Campings parmi les partenaires particulièrement engagés. La librairie sera également plus impliquée, à travers un travail commun avec le Syndicat de la Librairie Française.

 

Inauguration de Lire en short, manifestation jeunesse

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Parmi les échecs regrettés, l’absence des adolescents : « On s’attendait à une fête de jeunes, cela a été une fête de famille », résume Vincent Monadé. Pour attirer ce public spécifique, des nocturnes seront mises en place autour de thèmes et genres littéraires comme le manga, la science-fiction, le fantastique. Un parrain ou une marraine sera également recruté pour promouvoir plus largement l’événement.

 

L’épineuse question du budget

 

Bien entendu, l’impératif budgétaire a également joué dans les résultats de cette première édition : avec un budget revu à la hausse, à 700.000 € contre 500.000 € en 2015, la deuxième édition de Lire en Short devrait avoir un peu plus d’ampleur. Néanmoins, le calcul va être délicat pour le Centre National du Livre, qui ne voit pas son budget augmenté en conséquence : « Il n’y a pas d’augmentation, il y a même plutôt une baisse du budget global du Centre, et il y aura des arbitrages par rapport à d’autres choses que l’on faisait et que l’on fait moins », précise Vincent Monadé à ActuaLitté. Forcément, certains postes budgétaires en pâtiront...

 

Par ailleurs, parmi les critiques adressées à l’opération, celle de la période estivale, peu propice aux événements de grande ampleur en raison des congés et équipes réduites. Du point de vue du personnel, aucune aide ne sera apportée : « Le principe de cette fête, c’est qu’elle ne vient pas d’en haut. Le CNL a un sujet spécifique, celui des auteurs que l’on rémunère, mais c’est le terrain qui organise sa présence sur place », explique Vincent Monadé. Malgré tout, l’accompagnement des organisateurs sera renforcé, notamment à l’aide du budget supplémentaire.

 

« L’année dernière, nous avions pris tout le monde à contre-pied avec les dates, du point de vue des associations et des bibliothèques. Cette fois, il y aura plus d’aménagements dans les emplois du temps », termine Sylvie Vassallo.