Livre et politique : Béatrice Gurrey raconte les secrets claniques des Chirac

Cécile Mazin - 09.02.2015

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Jacques Chirac - livre politique - Claude Bartolone


Le prix du livre politique a récompensé la journaliste Béatrice Gurrey, qui travaille pour Le Monde. L'ouvrage, paru chez Robert Laffont, évoque la famille Chirac, est le lauréat 2015. Le prix des députés a pour sa part consacré Joseph Daniel pour La parole présidentielle — De la geste gaullienne à la frénésie médiatique, publié chez Seuil.

 

 

 

 

 

 

 

 

Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale, a remis les récompenses à l'occasion de la Journée du livre politique, dont la 24e édition se déroulait au Palais Bourbon. La thématique choisie était Rassembler la France. 

 

Le Prix du Livre Politique, décerné par un jury de journalistes politiques, récompense un ouvrage majeur, paru durant l'année écoulée, contribuant à la valorisation de la pensée, de la réflexion et de l'analyse politique.

 

Créé en 2004, le Prix des Députés est décerné par un jury de députés présidé par Claude Bartolone à un ouvrage qui peut être un récit, une enquête, un essai, une biographie, une autobiographie ou un livre d'histoire politique.

 

Retrouver Les Chirac, Les secrets du clan, en librairie

 

 

 « J'ai eu un petit pépin. Je ne sais pas si je rentre ou si je reste. » La violente migraine du président de la République, ce 2 septembre 2005, est un accident vasculaire cérébral. Il ne rentrera pas à l'Elysée. Jacques Chirac est contraint de passer une courte semaine à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce. Six jours interminables pendant lesquels se mettent en place les ressorts tragiques de la fin du pouvoir. 

Autour du vieux lion qui combat désormais par réflexe plus que par goût, les personnages de sa vie. Bernadette, épouse vigilante et impératrice inflexible qui prétendra régenter son agenda. Claude, sa fille, vestale du feu politique chargée de faire croire qu'il brûlera à jamais. Et puis Frédéric Salat-Baroux, le secrétaire général de l'Elysée, » le dernier chambellan « qui va peu à peu entrer dans le cercle intime de la famille.

Insensiblement, tandis que le quinquennat ressemble chaque jour davantage à une pathétique fin de règne, ce trio, tantôt soudé, tantôt déchiré par des passions contraires, va prendre en main la destinée du souverain. La presse dénonce son affaiblissement patent ? On trouve un scribe, Pierre Péan, pour tresser la légende du dernier président. Et quand le biographe aura rempli son office, il se verra interdit de séjour pour s'être trop approché des secrets.

L'enfer personnel du président est fait d'ennui, de solitude, de maladie. Un jour, dans la salle des fêtes de l'Elysée, après une cérémonie, le chef de l'Etat s'était approché de moi qui le suivais, chaque jour, pour Le Monde. A peine m'avait-il adressé la parole que sa fille Claude dépêchait un fidèle pour le soustraire à d'éventuelles questions. « Vous voyez ? On m'empêche de vous parler », avait alors lancé Chirac, mi-hilare mi-contrit, en s'éloignant.

De cet isolement subi et consenti il n'est jamais sorti. Que les juges l'attendent aux portes du Palais, que la maladie le frappe, et ces circonstances aggravantes donnent à sa femme, à sa fille, à son gendre, des motifs respectables pour resserrer leur étau, fait d'amour et d'ambition. Même en vacances, désormais, ils préfèrent le savoir à l'abri d'un palais royal au Maroc plutôt qu'à l'hôtel où il a ses habitudes. S'est-il jamais senti libre ?

Les magazines racontent aujourd'hui une édifiante histoire sur papier glacé avec des bribes savamment distillées. Au-delà de la parole officielle, voici l'histoire d'un clan, d'une famille consumée au feu du pouvoir.