Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Livre Paris clôt son édition 2017 : fréquentation en hausse de 3 %

Antoine Oury - 27.03.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon du Livre de Paris - Livre Paris fréquentation - Livre Paris visiteurs


Livre Paris, le Salon du Livre de Paris pour les fidèles, a fermé ses portes ce soir à l'issue d'une journée professionnelle le matin, et ouverte au grand public le soir. Marqué par les conflits sociaux et les présidentielles, Livre Paris affiche une fréquentation à la hausse, avec une augmentation de 3 % du nombre de visiteurs, soit 157.600 personnes sur 4 jours.

 

Livre Paris 2017

Livre Paris 2017 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 


Le Salon du Livre de Paris ferme ses portes après 4 jours d'événements, de rencontres professionnelles, d'auteurs et de dédicaces. Conforme à ce qu'il fut l'an passé. Or, si l'an passé, les attentats avaient été mis en avant pour expliquer la désertion, ces + 3 % sont-ils la somme de ce que l'on obtient une fois la période de crise achevée ? Il faudra vérifier si les 20.000 scolaires qui étaient absents en 2016 ont participé, un peu, à la hausse de fréquentation. Evidemment, difficile de ne pas prendre en compte le passage à l'heure d'été, ainsi que le beau temps de dimanche.

 

Cette année, le modèle testé l'année dernière, qui voyait le salon précédé d'un événement en plein air sur les Quais de Seine, a été totalement abandonné pour être limité à quelques hors les murs.

 

Clairement, l'effort était porté en 2017 sur les tarifs d'entrée, avec une nouvelle offre, proposant des prix un peu moins élevés. Peine perdue : il y a quelques semaines, Maxime Chattam, bientôt suivi par Bernard Pivot, a ouvertement critiqué le fait de payer l'entrée du salon Livre Paris.

 

Pourtant, force est de constater que la copie a été revue : Livre Paris propose un programme varié, plutôt bien composé, dans lequel des animations plus personnalisées offrent une expérience individuelle du salon. Des ateliers, pour les adultes comme pour les enfants, donnent désormais l'impression que l'organisation ne cherche plus seulement à vendre des livres à chaque visiteur.

 

Notons cette année la participation précieuse des pays, comme les Pays-Bas, la Roumanie ou le Maroc, qui ont mis en place des stands parmi les plus beaux du salon. Viennent ensuite les stands régionaux, qui sont assurément très précieux pour le salon : ce sont eux qui permettent d'observer et de découvrir la diversité éditoriale française. 

 

De mauvaises habitudes, mais un contexte difficile

 

À l'inverse, il serait temps que les grands groupes d'édition, qui participent à l'organisation du salon, se décrochent de l'entrée de celui-ci. Comme nous l'avions mis en avant l'année dernière, les mêmes groupes occupent toujours les mêmes espaces, ce qui, premièrement, devient monotone, et deuxièmement, s'avère problématique lorsqu'il s'agit de circuler dans ces espaces... Mieux répartir ces stands serait sans doute profitable.

 

En parlant de cohue, la présence des politiques n'aura évidemment échappé à personne : pratiquement tous les candidats sont venus serrer des mains pendant la manifestation, au grand dam des visiteurs (même si nombreux sont ceux qui rêvent d'un selfie avec Emmanuel Macron). Mais c'est l'époque qui veut ça. Tout comme les manifestations des lecteurs-correcteurs et des bibliothécaires, qui ont insufflé un peu de réalité interprofessionnelle dans des rencontres organisées qui privilégient toujours les mêmes intervenants sur les mêmes sujets.

 

Contexte social oblige, s’exprime cette année une certaine morosité « à laquelle les élections présidentielles ne sont pas étrangères », note un éditeur jeunesse. « Et plus d’ailleurs que lors des précédentes élections, tant la situation politique est délicate. »

 

Cette tension n’aurait cependant pas empêché de remplir les caisses – les ventes du vendredi furent dans l’ensemble satisfaisantes, et en dépit d’une fréquentation moindre le dimanche, il semblerait que 2017 soit, économiquement, plutôt positive.

 

De réels indicateurs à prendre en compte

 

Ensuite, peut-on espérer mieux qu’une stagnation, quand le marché lui-même fait grise mine. Les ventes n’étaient pas vraiment au rendez-vous pour ce premier trimestre et voilà qui achève de crisper une interprofession déjà tendue. Cette tension est d’ailleurs devenue palpable avec l’annulation d’une conférence qui devait réunir auteurs, éditeurs et libraires.


Cette année, Amélie Nothomb a vendu moins que les booktubeuses qui se retrouvaient sur des stands de petites maisons d’édition. Les files d’attente sur l’allée de la Romance étaient incroyables – les éditions Nisha ont d’ailleurs dû improviser un espace de dédicace pour désengorger la travée.

 

Pour un observateur, « Nothomb battue par les booktubers, c’est un signe. De la même manière que la fréquentation : Bruxelles a rendu sa Foire du livre gratuite, et pourtant, accusait le coup d’une fréquentation en baisse. La question du prix n’était donc pas au cœur du débat : tout dépend de ce que l’on met en vitrine pour faire venir les lecteurs ».

 

Vaste question... D’autant qu’il a fallu cette année faire du remplissage : le nombre de stands dédié à la vente de gaufres ou crêpes, produits du terroir ou encore le restaurant marocain implanté occupaient bien de l’espace. Le problème n'est d'ailleurs pas tant que ces services soient offerts, mais plutôt qu'ils soient aussi visibles. Comme le souligne un observateur : « La chance du salon, c'est que tout le monde sait à quoi il devrait ressembler. Le drame du salon, c'est que tout le monde sait à quoi il devrait ressembler. »