Livre sur les quais : l'hypothèse d'une quarantaine de la France pèse sur Morges

Nicolas Gary - 24.08.2020

Culture, Arts et Lettres - Salons - liver quais Morge - taux incidence coronavirus - France Suisse frontières


Avec près de 40.000 visiteurs sur les trois journées de 2019, Le livre sur les quais assurait une belle manifestation. Mais l’édition 2020, déjà chahutée par les mesures de sécurité sanitaire, pourrait connaître de nouveaux déboires. La France, selon les médias suisses, réunit les tristes conditions nécessaires pour devenir une zone coronavirus à risque. Avec l’obligation d’une quarantaine imposée à toute personne amenée à se rendre sur le territoire confédéral.

Le Livre sur les Quais 2019
 

Le moins que l’on puisse en dire est que personne n’a pris de décision et que l'incertitude la plus complète règne. Si l’on est encore loin d’une fermeture des frontières — en pratique assez farfelue — la perspective d’une quarantaine imposée aux personnes venues de France, et arrivant en Suisse « est une possibilité », assurait ce 23 août l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Comment ? Simple : tout État dépassant les 60 cas de Covid, pour 100.000 personnes, sur une période de 14 jours, se voit automatiquement placé sur la liste des pays à risque. Aujourd’hui, Monaco ainsi qu’Andorre y figurent — de même que la Belgique (ou encore Gibraltar, l’Albanie ou le Brésil, etc.). 

Selon les dernières données communiquées ce 24 août, la France est passée à 67 cas pour 100.000. Pour l’instant Santé Publique France n’a rien affirmé de tel (seules les données du 23 août sont consultables), mais les médias suisses s’inquiètent. Alors que, dans tous les cas, cette progression du nombre de cas suit assez logiquement l'augmentation du nombre de tests. 

D'autre part, le taux d’incidence conduisant au dépassement du seiul d’alerte en France a été établi à 50 cas pour 100.000. Au 23 août, indiquait l'ARS, on apprenait que seuls 6 départements dépassaient ce seuil et près de la moitié étaient à plus de 10 pour 100.000, soit le stade de vigilance : le chiffre de 67 pour 100.000 ne semblerait donc pas encore officiel, bien qu’on le retrouve sur le site de l’ECDPC (European Centre for Disease Prevention and Control)

Selon l’OFSP, cet indicateur fournirait la méthode la plus efficace pour définir l’évolution dans la progression d’une épidémie. Comme le ministre de la Santé, Olivier Véran, ne cesse d’alerter sur « une situation à risques » dans le pays, le message semble particulièrement bien passé auprès de nos voisins.
 

Et si le livre restait en partie à quais ?


Et pourtant, la perplexité est de mise, autant que les interrogations. Pour la manifestation de Morges, qui accueille nombre d’auteurs et d’éditeurs français chaque année, une quarantaine serait une sacrée épine dans le pied. En effet, 10 jours de réclusion seraient à observer pour les visiteurs – de quoi saper en partie les fondements de la manifestation.

Sollicités, les organisateurs restent en attente d’informations de la part de la Confédération. Des aménagements pour les travailleurs frontaliers seraient envisagés, et les cantons auraient leur mot à dire sur les exceptions possibles. Mais à cette heure, personne n’a le premier élément de réponse.

Pour cette 11e édition, une centaine d’auteurs est attendue sur les bords du Léman, entre le 4 et le 6 septembre. Et Fanny Meyer, la directrice, assurait avoir repensé l’événement pour qu’il respecte les consignes de sécurité. « Il aurait été en effet impossible d’assurer une parfaite sécurité sanitaire à l’ensemble des invités, du public, des équipes et des partenaires en maintenant un concept “festival”, où le public est amené à se déplacer d’un lieu à l’autre. » 

Avec Camille Laurens en présidente d’honneur cette année, qui devait s’entretenir avec Lola Lafon autour du féminisme, qu’en sera-t-il ? La mesure n’aura aucune incidence sur les auteurs suisses, bien entendu, mais la présence de Mathias Malzieu, prévu pour un duo avec la chanteuse et écrivaine Carmen Maria Vega se compliquerait. Pas celle du Britannique Jonathan Coe : le Royaume-Uni ne figure pas dans la liste rouge de la Suisse.
 

Alea iacta est


Jointe par téléphone, Fanny Meyer explique prendre avec des pincettes les déclarations diffusées dans la presse. « Pour le moment, nous en sommes au niveau de la rumeur. La quarantaine est envisagée, mais au cours des dernières semaines, beaucoup d’effets d’annonce sont intervenus, et j’ai appris à ne pas trop m’y attarder. Sans cela, la manifestation aurait été annulée depuis bien longtemps. »
 
À cette heure, et en l’absence de décision officielle, « la fête est maintenue, bien que nous suivions tout cela avec une grande attention. Et l’on s’adaptera s’il le faut. Pour l’instant, nous nous concentrons sur le travail à accomplir, pour que le 4 septembre, l’événement se tienne ».

De fait, entre l’avis des experts et les enjeux politiques – de même que les politiques qui prennent les décisions, plusieurs niveaux et strates se superposent. « Voilà trois semaines, dans la presse, on annonçait que les manifestations seraient réduites à 100 personnes, et finalement, il n’en a rien été. Il est évident que l’on ne fermerait pas les frontières de la sorte de gaité de cœur. » Même si, au fond « les plans B, C ou D devront être mis en place rapidement ».

Toute la subtilité sera, par la suite, de savoir si des mesures de réciprocité seront introduites par l’Hexagone — à l’image de celles imposées mi-août au voyageurs venus du Royaume-Uni. Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, avait ainsi assuré sur France 2 que des mesures de restrictions interviendraient « pour les voyageurs qui reviennent du Royaume-Uni ». 

 

mise à jour 25/08 - 10 h :


Si les autorités n’ont pas encore apporté de précisions, la RTS fait intervenir l’épidémiologiste Antoine Flahault, qui porte sur cette mesure un regard clair : « La France teste deux à trois fois plus que nous. C’est donc logique qu’on trouve davantage de cas positifs. Avec cette logique de cas positifs par habitant, le risque serait de “punir” les pays qui dépistent le mieux, le plus systématiquement. »

Du reste, la Confédération assure être en relation avec la France et les responsables des cantons, pour évaluer la faisabilité de cette quarantaine. Le conseiller d’État genevois, Mauro Poggia indique pour sa part qu’une stricte application n’aurait pas de sens. 

« Lorsque les frontières ont été fermées, les travailleurs frontaliers de certains domaines, comme celui des soins, ont bénéficié d’exceptions. Si l’on applique les mêmes règles pour la liste de l’OFSP, qui va faire le tri ? Va-t-on assister à des heures d’attente, le personnel soignant de France, dont nous dépendons, arrivera-t-il avec 3 heures de retard ? C’est impensable. »


photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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