Livres & Musiques, 'fleuron de la politique du livre' de Deauville

Antoine Oury - 11.05.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Livres & Musiques 2015 - Deauville - Philippe Augier


Pendant 48 heures — et aujourd'hui pour les scolaires —, le Festival Livres & Musiques aura donné la mesure à Deauville : encore une fois, l'événement s'est distingué par sa programmation pointue et ses précieux invités. Outre la forte implication des acteurs du livre, des libraires aux bibliothécaires, Livres & Musiques a une nouvelle fois accordé un espace à la création, avec une lecture convaincante.  

 
 
Philippe Augier, maire de Deauville - Deauville Livres & Musiques 2015
Philippe Augier, maire de Deauville, lors de la remise du Prix de la Ville
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Avec ses quelque 50 événements en 3 jours, Livres & Musiques s'est une nouvelle fois démarqué des autres festivals avec son orientation musicale. Une façon particulière d'aborder la littérature, bien entendu, mais aussi de la rendre plus accessible, avec un système de correspondance culturelle. « Ce festival a commencé par être un salon, mais nous ne voulions pas simplement d'une énième foire à la signature », souligne Philippe Augier, le maire Nouveau Centre de Deauville.

 

Organiser un événement littéraire à Deauville n'est pourtant pas gagné d'avance, mais « il parvient à associer toutes les populations : la population permanente, les visiteurs, les résidents secondaires, les scolaires et le monde de la culture », explique le maire de la ville. La gratuité de tous les événements participe bien entendu à cet aspect fédérateur.

 

Le financement du festival, outre la ville, implique l'espace culturel Leclerc de Touques, à l'entrée de Deauville, qui fournit les ouvrages aux écoles de la région qui participeront aux Prix des Ados, remis ce lundi. « C'est également l'ensemble des exploitants de Leclerc sur le quart Nord-Ouest de la France qui participe au financement. » Le Centre National du Livre s'implique dans la manifestation – laquelle applique déjà les recommandations du CNL sur la rémunération des écrivains.

 

Sur les 3 librairies de Deauville, 4000 habitants, celle du marché participe à l'événement, ainsi que Planet'R, située à Saint-Lô

 

Craintes exprimées pour le secteur culturel

 

Alors que les derniers mois ont été particulièrement dévastateurs pour les festivals français, la baisse des dotations de l'État inquiète (même) la mairie de Deauville. « Je suis très inquiet des fonds de péréquation, qui consistent à prendre aux uns pour donner aux autres, parce que je crois que la première ligne qui va trinquer, d'une façon générale, c'est la culture. Je crois que la culture ne pourra continuer à poursuivre ses activités, et donc à être partagée par le plus grand nombre, que si nous trouvons des fonds privés », explique Philippe Augier.

 

« Il y a aussi des disparités sur le territoire normand entre les financements de tels ou tels festivals et le nôtre, ce que je ne trouve pas tout à fait normal », ajoute le maire Nouveau Centre.

 

Si les finances préoccupent, la création in situ du Festival, une lecture musicale arrangée par Nicolas Repac (musicien collaborateur d'Arthur H), avec Philippe Djian en Jack Kerouac et Julien Delmaire en Allen Ginsberg, interprétant la correspondance entre les deux hommes, n'a pas laissé indifférent. L'année dernière, la performance de Joseph d'Anvers, Dead Boys, avait beaucoup fait parler d'elle.

 

« Le but de cette lecture, c'est qu'elle soit diffusée dans des théâtres ou des festivals littéraires, sur la saison 2016 », souligne Raphaëlle Rivière, organisatrice du Festival, « et c'est pour ça que nous avons choisi la coproduction avec Polychrone, qui permettait d'avoir un budget de création plus important qu'un simple cachet de comédien ou de musicien pour une lecture. Ils prennent la suite pour faire diffuser le spectacle. »

 

Un système de commande que le Centre National du Livre tente de généraliser au sein des événements littéraires, pour améliorer les revenus des auteurs. Mais, pour un festival littéraire, ce genre de créations reste exceptionnel : « Il n'est pas évident d'en faire plusieurs, car il faut trouver des formules adaptées, en évitant de faire des choses trop lourdes, afin que les œuvres puissent être diffusées facilement. Et nous n'avons pas forcément les moyens d'avoir plusieurs créations tous les ans », explique Raphaëlle Rivière.