Londres et Francfort, des 'incontournables' pour l'édition française

Antoine Oury - 17.04.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Foire de Londres - bilan vente droits achat - stand France


La Foire du Livre de Londres a fermé ses portes hier, après trois jours d'intenses activités. Le déplacement — ou plutôt le retour — à l'Olympia London, à quelques rues d'Earls Court aura bien désorienté les premières heures, mais chacun aura pu apprécier la beauté du cadre et l'immense verrière. Mais bon, foin d'esthétique, on vient surtout à la Foire pour vendre et acheter des droits.

 

 

London Book Fair 2015

La Foire du Livre de Londres, à la fermeture (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Pour Reed Expositions, organisateur de la Foire du Livre de Londres (de même que du Salon du Livre de Paris), le déménagement se sera plutôt bien déroulé. Quelques déceptions dans les emplacements des stands, une zone pour la jeunesse (le « Children's Hub ») un peu déserte, des difficultés avec les transports, mais, finalement, rien qui ne sorte de l'ordinaire pour un organisateur de salon.

 

« Le quartier manque quand même sévèrement de pubs », reprochera tout de même un éditeur français. Certes.

 

Même sans l'aide de liquide bienfaisant, les tractations se sont plutôt bien déroulées lors de cette édition 2015. Comme de coutume, les éditeurs français étaient réunis sur le stand du BIEF, le Bureau International de l'Édition Française.

 

« J'ai trouvé les collègues étrangers très dynamiques, en demande au cours de la Foire », témoigne la responsable des droits étrangers pour les livres illustrés, chez Flammarion. « L'emplacement était très agréable, et il y avait une bonne énergie, l'impression que les gens reprennent espoir dans l'édition. Le côté un peu dépressif des foires précédentes a disparu. »

 

Pour les livres illustrés de Flammarion, la collection des « Atlas », avec notamment Atlas des Cités perdues (Aude de Tocqueville, Arthaud) ou Atlas des lieux maudits (Olivier et Sybille Le Carrer, Arthaud) a été particulièrement bien accueillie. « Le titre [Atlas des Cités perdues, NdR] avait bien accroché au moment de Francfort, mais il a transformé l'essai à Londres. Nous l'avons vendu pour les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas, et il est en négociations au Japon... »

 

Pour les éditeurs, le rythme est soutenu : en moyenne, compter un rendez-vous d'une demie-heure, entre 9 heures et 18 heures, parfois prévus depuis le mois de décembre précédent. Mais les ventes de droit ne se font pas toujours sur place, lors des Foires. « Généralement, nous avons déjà reçu un certain nombre de manuscrits dans le mois qui précède, et la Foire est l'occasion d'en parler, c'est aussi l'occasion de faire le point sur des deals passés, ou d'anticiper des deals à venir », explique-t-on à la table de l'éditeur Buchet/Chastel (groupe Libela).

 

« Il ne m'arrive quasiment jamais d'acheter des livres sur place, mais des gens le font et cela arrive souvent. Pour les vendeurs comme pour les acheteurs, les Foires sont malgré tout des moments indispensables. Londres et Francfort sont pour moi deux incontournables », explique la chargée de la littérature étrangère chez Buchet/Chastel. Sa dernière fierté est Preparation for the Next Life, premier livre d'Atticus Lish, acheté en novembre dernier, après Francfort, et qui sortira en 2016.

 

 

London Book Fair 2015

Le stand de la France, à Londres (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Concrètement, pour les vendeurs, comment se passe un rendez-vous ? « Il faut être bref, et bien connaître les points forts du titre. Évidemment, si l'on a soi-même bien aimé le livre, c'est beaucoup plus simple. Mais dans tous les cas, ces rendez-vous sont importants, quand les envois de mails ou les appels téléphoniques ne sont parfois pas très efficaces », explique une cessionnaire de droits pour Univers Poche.

 

Les foires permettent également d'approfondir des relations commerciales entre maisons : « J'ai par exemple retrouvé les maisons qui ont acheté Et je danse, aussi [de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, Fleuve éditions] pour leur présenter d'autres titres de notre catalogue. Un titre fort permet d'en proposer d'autres, généralement. » Sur le stand Univers Poche, Legardinier et Thilliez ont ainsi attiré, mais pas forcément au détriment d'autres auteurs.

 

Connaître des maisons spécifiques dans certains pays permet aussi de faire monter les enchères, si l'on reçoit une proposition spontanée d'un autre éditeur du même pays... Dans l'ensemble, la vente de droits s'accommode très bien des frontières, même s'il est plus difficile de vendre aux Anglais et aux Américains (hors grands succès), dont les marchés sont déjà immenses et souvent saturés.

 

Même observation du côté des acheteurs de droits, chez Buchet/Chastel : « Les gens qui nous vendent des droits ne peuvent pas avoir une vision absolument parfaite de tout ce qui sort. Ces rencontres permettent donc de présenter le catalogue qu'on a, et, donc, pour eux de savoir ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas nous vendre. » 

 

Poursuivre un travail commun

 

Si la littérature est bien représentée, le stand de la France faisait également la part belle aux beaux livres et autres illustrés. Devant les présentoirs de La Martinière, Marianne Lassandro, directrice des droits, nous présente Simona Scuri, de la maison italienne 24 ORE Cultura, « collaboratrice et amie depuis 2 ans ». « C'est beau de travailler ensemble, entre éditeurs étrangers, pour retravailler les titres en fonction des marchés spécifiques de chacun », témoigne cette dernière.

 

Un exemple : 24 ORE a publié Moda. Storie & Stili, énorme dictionnaire consacré à la mode. L'édition italienne est pratiquement un objet de luxe, décoré de passementerie [broderies fines habituellement sur le revers des vestes, NdR] réalisée par l'atelier Valentino. « Nous sommes sur un marché de niche, avec des gens qui peuvent se permettre d'acheter un livre à 200 € parce que c'est aussi un bel objet », admet Simona Scuri.

 

Cette somme sur la mode sera bientôt publiée par La Martinière, mais légèrement retravaillée : « Actuellement, le marché est très difficile, et nous n'avons donc pas repris le modèle de 24 ORE, trop coûteux. Il sera plus accessible dans sa version française, et visera particulièrement un public d'étudiants, dans un format plus réduit et plus simple, même si le contenu est le même. Nous le positionnerons plus comme une référence que, comme un livre d'art », témoigne Marianne Lassandro.

 

De son côté, 24 ORE a publié Pâtisserie !, écoulé à 150.000 exemplaires dans le monde, et bientôt Caramel, autre succès du groupe La Martinière. « Nous recherchons des ouvrages spécifiques, uniques, que nous ne sommes pas en mesure de faire nous-mêmes », explique Simona Scuri. Retour du compliment de la part de Marianne Lassandro : « 24 ORE est un des rares éditeurs italiens à être aussi dynamiques et créatifs. » 

 

Bref, un peu d'alchimie aide, pour ce genre d'événement, qui se prépare en fait toute l'année.