Londres exclut de sa Foire des auteurs chinois hostiles au parti

Clément Solym - 21.03.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - London Book Fair - Bei Ling - Chine


Le Salon du  livre de Londres, le London Book Fair, fait face à de nombreuses critiques concernant son programme et la liste de ses invités pour cette année 2012. Il est accusé d'avoir cédé aux pressions des autorités chinoises pour ne pas recevoir des auteurs jugés dissidents par le Parti.

 

Alors que le la Chine est l'invité d'honneur de cette édition, seuls des auteurs approuvés par le parti communiste chinois ont été autorisé à participé cette année, selon le poète en exil Bei Ling, qui s'est plaint auprès du British Council.  

 

 

« J'ai été stupéfait de voir qu'aucune voix indépendante, qu'aucun écrivain chinois exilé ou dissident, ne soit représenté au Salon du livre de Londres », a-t-il expliqué au Guardian, tout en accusant le salon de s'être autocensuré pour accommoder les autorités chinoises. « C'est déjà assez choquant que le salon ait travaillé avec Gapp » ajoute-t-il, Gaap étant l'agence responsable des publications en Chine. « Pour s'assurer que leur pays invité d'honneur soit satisfait, il s'est autocensuré et n'ont pas insisté pour que des auteurs désapprouvés par le gouvernement soient présents, bien que sans eux on ne puisse comprendre la littérature chinoise dans son ensemble », a-t-il poursuivi.

 

Et selon Bei Ling, les personnalités chinoises manquantes de cette édition sont : Gao Xingjian, exilé à Paris, tout comme son ami Liu Xiabao, lauréat du prix Nobel 2010 et critique littéraire reconnu ; ainsi que Liao Yiwu, exilé à Berlin, et Ma Jian qui vit à Londres.

  

Susie Nicklin du British Council a répondu à ces accusations en expliquant que le programme de cette année ne concernait que les auteurs qui habitent et écrivent en Chine, la géographie prenant curieusement le pas sur la littérature dans ce salon, un salon qui reste le rendez-vous de nombreux professionnels du livre et d'investisseurs. De plus, la collaboration du salon avec l'agence Gaap est tout à fait normale selon elle, puisque chaque année le salon doit travailler avec une grande organisation du pays invité d'honneur.

 

Cette histoire fait écho au Salon du livre de Francfort de 2009, qui avait également la Chine comme invité d'honneur. La Chine avait demandé que Bei et Dai Quing, des journalistes d'investigation, ne figurent plus sur la liste des participants. Le directeur du salon, Jürgen Boos, avait dû accepter, faute de quoi la Chine n'aurait participé à cet événement (notre actualitté)

 

Londres aurait pu anticiper ce type d'événement, selon Bei Ling.  « Je suppose que le Salon du livre de Londres a appris de l'expérience de Francfort et ne veut pas que l'événement soit menacé », a-t-il expliqué, « Ils savaient depuis le début que s'ils veulent coopérer avec la Chine ils devront s'autocensurer un tant soit peu. Mais c'est le Salon du livre de Londres et il devrait être contrôlé par les Britanniques, et non par les Chinois ».

 

Voilà qui est dit, mais rien n'est perdu pour l'auteur, qui garde espoir. Le patron du salon, Alistair Burtenshaw, dispose encore de quelques semaines pour changer son programme, il se tiendra du 16 au 18 avril 2012. « Peut-être que leur stratégie sera de faire machine arrière à la dernière minute, quand il sera trop tard pour que les Chinois se retirent », espère Bei Ling.

 

L'organisation non gouvernementale PEN a prévu de mettre en place plusieurs événements le 29 mars avec des auteurs chinois de tout bord, afin d'encourager le salon à changer de politique. Une solution serait peut-être de propsoer un salon alternatif ?