Mad Men, une histoire de la littérature américaine dans le petit écran

Clément Solym - 28.03.2012

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Mad Men - Francis Scott Fitzgerald - Matthew Weiner


Alors que la cinquième saison de la série à succès Mad Men vient de débarquer sur les écrans aux États-Unis, la presse américaine décrypte et salue les racines littéraires de l'oeuvre audiovisuelle. Francis Scott Fizgerald, John Cheever ou Richard Yates sont ainsi régulièrement convoqués par le propos et l'ambiance de la série.

 

 Après 17 mois d'attente insoutenable, les téléspectateurs américains ont pu se plonger avec délectation dans le premier épisode de la cinquième saison de Mad Men. Un épisode exceptionnel, non seulement par sa durée (deux heures), mais aussi par sa qualité, saluée par la quasi-totalité des médias américains, les mots « stunner » (« étourdissant ») et « classic » (« une référence ») apparaissant fréquemment dans les articles.

 

Capture d'écran du générique de Mad Men : « Profitez de ce que l'Amérique a de mieux à vous offrir »

 

Jim Walton, journaliste au Telegraph, avance dans un article que la série rassemble « tous les éléments du Grand Roman Américain », et qu'elle constitue à ce titre « un des programmes télévisuels les plus littéraires de l'époque contemporaine ». Pour appuyer ses dires, Walton évoque quelques caractéristiques des personnages inventés par Matthew Weiner, le créateur de Mad Men

 

Il relève par exemple que le personnage principal de la série, Don Draper, est originaire d'Ossining, dans la banlieue de New York, tout comme John Cheever, qui y résida de 1961 jusqu'à sa mort en 1982. L'auteur des Wapshot et des Lumières de Bullet Park, surnommé le « Tchekhov des banlieues » ou « l'Ovide d'Ossining », tira de son expérience personnelle un regard impitoyable sur le désenchantement des classes moyennes après la Seconde Guerre mondiale, un thème cher à Mad Men, qui prend place dans une agence de publicité au milieu des années 60.

 

Qui dit désenchantement dit évidemment Francis Scott Fitzgerald, et il semble là aussi que Matthew Weiner connaît ses classiques : Don Draper, encore lui, est en fait un pseudonyme adopté par Richard « Dick » Whitman juste après son retour de la Guerre de Corée. Une sorte de retour à zéro qui n'est pas sans rappeler celui de Jimmy Gatz, qui choisira lui le nom désormais fameux de Jay Gatsby. Et les deux hommes sont sans aucun doute à la recherche du Rêve Américain, cette lumière verte qui vacille sur l'autre rive.

 

On a déjà beaucoup glosé sur les personnages féminins de Mad Men - la série est-elle féministe ou sexiste ? - et Jim Walton convoque ici Dorothy Parker et Edna St. Vincent Millay, dont les oeuvres célèbrent l'émancipation de la femme. L'ascension de Peggy du métier de secrétaire à celui de publicitaire confirmée incarne parfaitement cette lutte de tous les instants, qui colporte aussi son lot de compromissions et de déceptions (Dorothy Parker est morte « seule dans une chambre d'hotel avec son chien et une bouteille d'alcool » précise gentiment Wikipedia).

 

Le premier épisode de la cinquième saison renfermait une autre surprise : l'interprétation d'une chanson française des yé-yé, Zou Bisous Bisous de Gillian Hills, une actrice anglaise vue dans Blow-Up ou Orange Mécanique. Attention : la chanson se mémorise d'une façon redoutable (et pas seulement grâce aux jambes de Jessica Paré).