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L’année 2020 marque le centenaire de la publication par André Breton et Philippe Soupault de leur recueil commun, Les Champs magnétiques, «premier ouvrage surréaliste», dira plus tard André Breton. À cette occasion, la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet associent la richesse de leurs collections pour présenter la première grande exposition consacrée au surréalisme littéraire.


this is not a pipe

 

Plus de 200 pièces ont été réunies pour suivre les pas d’André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault, Paul Eluard et les autres lorsque, de 1918 à 1928, ils se lancèrent dans la conquête de territoires inconnus. Autour des manuscrits d’œuvres emblématiques telles Les Champs magnétiques ou Nadja, costumes, tableaux, collages, photographies, films, dessins hypnotiques et cadavres exquis viennent restituer le bouillonnement créatif de ces années d’éclosion du mouvement.

Une exposition-événement,
originellement prévue du 3 novembre 2020 jusqu'au 31 janvier 2021, et finalement décalée, pour raconter l’invention du surréalisme, ou comment, sur les décombres d’une guerre barbare, une génération de poètes s’est levée, criant son dégoût pour le monde dans des éclats de rire sauvages.
 

Ici commence la grande nuit des mots” (Aragon)
 

Le surréalisme fut d’abord une aventure littéraire. Traumatisé par la guerre, animé d’une haine dirigée autant contre les valeurs de la société bourgeoise jugée responsable de ce massacre que contre la littérature officielle, un petit groupe de jeunes gens tente de construire un rapport nouveau à l’écriture et au monde.
 

La poésie qui, pour les jeunes surréalistes, se confond avec la vie même, occupe une place centrale dans le propos de l’exposition. En guise d’introduction, la première partie «Guerre et esprit nouveau», pose décor et influences. Elle s’ouvre sur un ensemble monumental regroupant les costumes du ballet Parade, dessinés par Picasso, et le manuscrit des Mamelles de Tirésias, de Guillaume Apollinaire.

Tandis qu’à Paris, l’«
esprit nouveau» se cristallise autour d’Apollinaire et de son cercle d’amis, à Zurich avec Dada, à New York et Barcelone avec Marcel Duchamp et Francis Picabia, d’autres foyers de modernité se développent. Bientôt, ils convergent vers la capitale française où les jeunes poètes de la revue Littérature (André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault, puis Paul Éluard) accueillent avec ferveur l’esprit Dada, prélude au surréalisme.
 

Deuxième temps de l’exposition, «Rêve et automatisme» s’articule autour de la découverte de l’écriture automatique, fondatrice du surréalisme : une transcription de la «pensée parlée», libérée de toute forme de censure.
 

La récupération totale de notre force psychique


Le manuscrit des Champs magnétiques en constitue l’amorce. L’exploration du rêve, les séances de sommeils hypnotiques sont les deux autres voies privilégiées par le groupe pour accéder à l’inconscient, ce réservoir d’une matière mentale inédite où s’inventent des formes nouvelles d’imaginaire. Nourri par ces expériences, le champ plastique s’enrichit lui aussi d’une multitude d’expressions originales, qui dessinent une vision élargie du monde, décalée du réel : une surréalité.

ENCHÈRES: le surréalisme fait recette
 

La troisième partie de l’exposition, «Manifestes et provocations», traite des formes d’irruption du groupe dans l’espace public comme dans le champ intellectuel. Elles ont pour cœur les nombreuses manifestations Dada, qui se succèdent en 1920 et 1921, et la multitude de tracts et revues qui les accompagne. L’exposition présente un grand nombre de ces «éphémères», parmi lesquels des exemplaires exceptionnels de la revue Dada : exemplaires de luxe ou annotés et ornés par Tristan Tzara et Francis Picabia.

À la déraison de la civilisation, Dada oppose sa folie. Happenings et publications se font l’écho de l’ambition de subversion absolue — d’«
idiotie» — prônée par Tzara, que le surréalisme viendra dépasser. La parution, en 1924, du Manifeste du surréalisme d’André Breton, au terme de ces années de prise de parole et d’activisme, consacre les théories bretoniennes. Une vague de petits billets colorés, les papillons, diffusés à travers Paris, couronne cet acte de naissance du surréalisme.
 

Construite autour du manuscrit exceptionnel de Nadja, présenté pour la première fois dans le cadre d’une importante exposition, la dernière section — «Amour et folie : Nadja, l’âme errante» — répond en un écho glaçant aux expériences conduites par le surréalisme dans sa première jeunesse. La rencontre d’André Breton et de Nadja, jeune femme qui lui sembla incarner au plus haut point l’éthique surréaliste, se présente ici comme une expérience-limite.

Dans un dialogue constant entre le texte de Breton, paru en 1928, et les traces laissées par la jeune femme, certaines récemment découvertes et montrées pour la première fois, se dessine, au-delà du mythe, le témoignage d’une authentique fascination, vécue aux confins de la folie.


illustration : Robert Couse-Baker CC BY 2.0




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