Maison de la Poésie : “Paris a une tradition d’hospitalité littéraire”

Nicolas Gary - 25.01.2018

Culture, Arts et Lettres - Salons - maison poésie paris - scène numérique littérature - publics empêchés ateliers


Depuis avril 2013, La maison de la poésie, située dans le IIIe arrondissement de Paris, a été confiée à Olivier Chaudenson. Dès sa prise de fonction, l’idée était de faire du lieu un espace de création, renouant avec ce que le fondateur, Pierre Seghers, avait envisagé en 1981.

 


ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 


En 2012, la Maison de la poésie accueillait environ 16.000 personnes, aujourd’hui c’est plus du double. En 2017, plus de 35.000 visiteurs ont en effet assisté à l’une des 360 manifestations proposées au cours de l’année. Avec un taux de remplissage moyen de plus de 85 % que le directeur observe avec plaisir mais aussi avec distance.

« La course aux chiffres est dangereuse : le projet reste d’offrir une grande diversité de rencontres et de lectures avec parfois des propositions “pointues” auxquelles il ne faut surtout pas renoncer. La Maison est avant tout un lieu d’expérimentations et de tentatives, un laboratoire pour la littérature et une scène pour la vie littéraire dans toute sa diversité », explique-t-il à ActuaLitté.

La fidélisation du public a été paradoxalement facilitée par la mise en place systématique d’une billetterie. « Le prix d’entrée est modeste afin de veiller à une grande accessibilité, mais représente près de 12 % de nos recettes, une somme sans laquelle nous ne pourrions pas équilibrer notre budget annuel », poursuit le directeur. Une approche qu’il reconnaît « relativement à contre-courant (on n’a pas l’habitude en France de payer pour écouter un écrivain) mais qui responsabilise tant les auteurs que le public ».

C’est aussi une valorisation symbolique des rencontres proposées souligne-t-il. C’est enfin une façon de mieux gérer et réguler le remplissage des salles : « Le public peut réserver à l’avance et est ainsi certain de pouvoir rentrer. Cela lui évite de se déplacer pour rien si c’est complet. A l’inverse, si nous constatons une trop faible réservation pour une soirée, cela nous alerte en amont et nous incite à mieux communiquer. »
 

Diffuser, partager et accueillir


Pour autant, le développement de la maison n’est pas encore achevé et plusieurs volets d’actions restent à renforcer. À commencer par la constitution d’une véritable “scène littéraire numérique” avec la mise en ligne systématique de chaque événement, ce qui permettrait une plus large diffusion. « N’oublions pas que la majorité des gens n’habite pas à Paris ou à proximité de Paris. » 

Pour l’instant, les captations vidéo sont faites avec les moyens du bord (une caméra fixe). Si elles sont intégralement confiées à l’INA et donc accessibles aux chercheurs, elles ne sont que très partiellement mises en ligne pour le grand public. « Il faudrait disposer de deux caméras automatisées et surtout, avoir les moyens de faire chaque soir ou presque un montage en temps réel, puis engager dans la foulée une diffusion en streaming. Cela permettrait d’offrir au public du monde entier une sorte revue littéraire annuelle. »

Le deuxième axe de développement vise à renforcer encore l’action culturelle et éducative et à démultiplier les actions vers les publics empêchés. Déjà, des programmes sont mis en place en direction des scolaires, de même que des opérations avec des acteurs du champ social. Ainsi, un atelier d’écriture avec le Samu Social a été développé avec le soutien de la Ville de Paris ou encore un travail régulier avec la maison d’arrêt de Nanterre. 

« Pour la restitution du travail mené durant l'année à Nanterre, les prisonniers avaient reçu une autorisation exceptionnelle de sortie afin de porter sur scène leur travail avec l’écrivain Thomas Reverdy, le musicien Frédéric Maurin et la plasticienne Florence Cosnefroy. C’était impressionnant et émouvant, la salle était pleine et mêlait familles des détenus et public curieux de découvrir cette création », se souvient Olivier Chaudenson. 

Le dernier point à compléter concerne les résidences d’écrivains : « La Ville de Paris nous a confié un appartement à la Cité des Récollets [dans le 10e arrondissement, NdR]. Nous souhaitons qu’il devienne tout au long de l'année un lieu de résidence pour des écrivains étrangers, et rappeler par là même que Paris a une tradition d’hospitalité littéraire. »

Les auteurs accueillis disposent d’une bourse mensuelle de de 2000 €, une somme qui est prélevée sur le budget général de la Maison. « Nous devons trouver des ressources supplémentaires pour que cette résidence fonctionne 12 mois sur 12, pour le moment nous ne pouvons assumer que 5 à 6 mois de bourse, tout au plus. Cela passera donc par une consolidation de notre budget. À ce jour, nous sommes tout juste à l’équilibre, sans marge de manoeuvre pour pouvoir nous déployer plus. »


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