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Malaise : rencontre annulée à Livre Paris entre auteurs, éditeurs et libraires

Antoine Oury - 27.03.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - auteurs Livre Paris - CPE auteurs - débat auteurs salon du livre


La rencontre programmée ce 27 mars, sur le stand du CNL, était très attendue : elle devait réunir différents représentants de l’interprofession, autour du thème Les enjeux du livre demain. Pourtant, in extremis, la conférence de 15h30 a été annulée, quelques instants avant son lancement. Ambiance...

 

Marie Sellier, Guillaume Husson et Vincent Montagne - Livre Paris 2017

Marie Sellier (CPE), Guillaume Husson (SLF) et Vincent Montagne (SNE) font finalement le débat en privé

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

C’était véritablement le temps fort, attendu, pour les professionnels : autour de la table se retrouvaient Vincent Monadé, président du CNL, Vincent Montagne, président du SNE, Matthieu de Montchalin, président du SLF, et Marie Sellier, présidente de la SGDL. Du beau linge, certes, mais pas de celui que l’on lave en public, au contraire.

 

Officiellement, la rencontre a été annulée « par manque de temps : une heure pour ces échanges, c’est trop court », et aucun des interlocuteurs ne souhaite apporter plus de précisions. « Nous n’avons pas eu le temps de nous préparer », confirment Marie Sellier et Vincent Montagne.

 

D’ailleurs, pas de panique, la rencontre n’est que reportée : « Nous nous sommes aperçus qu’il fallait une réunion de préparation, au préalable, et nous ferons ce débat à Brive. » Rendez-vous est donc pris pour novembre prochain, la foire se déroule du 10 au 12.

 

Les organisateurs de la grande manifestation du Sud-ouest seront ravis de l’apprendre.

 

Mais derrière cette annulation, plusieurs questions pointent : pour certains, le papier publié dans Le Monde la semaine passée aurait eu des effets indésirables – et provoqué quelques dommages collatéraux. Pourtant assez équilibré, ce dernier évoque la question de la rémunération des auteurs, pointant que 90 % d’entre eux touchent moins que le SMIC en droits d’auteur.

 

Le sujet est évidemment sensible, d’autant plus que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a, toujours la semaine passée, adressé un courrier aux candidats à la présidentielle – où la rémunération est une fois de plus mise en exergue.

 

Lettre aux candidats : "La littérature jeunesse n’existe pas sans ses auteurs"

 

Dans un contexte où les organisations d’auteurs et d’éditeurs ont repris les négociations autour de plusieurs points majeurs, comment interpréter cela ? D’autant plus que le syndicat des libraires se retrouvait aussi autour de la table, avec ses propres revendications...

 

Est-ce parce que, justement, la manifestation parisienne tente de reconquérir le grand public, tout en poursuivant son développement professionnel, que l’on a préféré éviter tout débordement ? Mais dans ce cas, à cacher la poussière sous le tapis, quel est le message que les représentants de l’interprofession adressent à la profession elle-même ?

 

« Le salon a été vivement critiqué cette année, notamment depuis que Maxime Chattam a déclenché une polémique autour du prix d’entrée. Cela a fini par épuiser », confie un observateur. Et pas question de courir le risque, durant les échanges, de montrer une interprofession divisée. « Dans ce cas, pourquoi avoir proposé cette rencontre dans la programmation ? » Mystère.

 

Il est vrai, toutefois, qu’au cours de ces derniers mois, avec un marché qui pour le premier trimestre est assez mauvais, les positions soient crispées. Et que l’on ressente une évidente rigidité dans la position de chacun.

 

Contrat, rémunération, numérique : quelles relations entre auteurs et éditeurs? 

 

D’autant que, la table ronde annulée, Marie Sellier (Conseil Permanent des Écrivains), Guillaume Husson (Syndicat de la Librairie Française) et Vincent Montagne (Syndicat National de l'Édition) se sont regroupés pour des échanges, plutôt animés, a-t-on pu constater. « Ce sont des gens passionnés, c'est normal d'avoir une conversation animée », nous rétorque-t-on lorsque l'on s'interroge sur la teneur de ces débats.

 

Plus difficilement compréhensible – encore que – le choix de Brive, pour reporter la rencontre. Certes, l’édition 2016 avait accueilli un temps d’échange avec l’intervention du directeur général du SNE, Pierre Dutilleul, mais certains froncent les sourcils. « C’est à Paris qu’un pareil débat doit se faire, ou alors, on assume que la manifestation n’est plus aussi représentative qu’on l’assure. »