Malaisie : deux livres censurés pour leur vision négative de l'islam

Clément Solym - 16.08.2008

Culture, Arts et Lettres - Salons - Malaisie - censure - islam


L'État vient donc d'interdire deux livres traitant de l'islam, en avançant qu'ils donnent une vision fausse de la religion. Selon le ministère de l'Intérieur, d'un gouvernement à majorité musulmane, ces livres sont susceptibles de saper la confiance du peuple. C'est un membre du ministère qui a confirmé la nouvelle, sans pourtant accepter de révéler son identité, parce qu'il n'a pas le droit de faire des déclarations publiques.

Les deux livres sont soutenus par un groupe féministe musulman ; l'un est écrit en anglais, 'Muslim Women and The Challenge of Islamic Extremism', l'autre en Malaisie 'Strange but True in Prayers'. « Cela signifie-t-il que les femmes ne peuvent pas discuter d'extrémisme », interrogent-elles ? Et de critiquer vivement cette mesure : « Faut-il se coucher et se taire ? »

Ironie de la censure pour des livres qui traitent d'extremisme

Pour Norhayati Kaprawi, membre du groupe, les livres résultent d'un travail universitaire, et ont étudié l'impact de l'extrémisme musulman sur la vie des femmes. « Pour moi, il est très ironique que ce livre lui-même soit victime de l'extrémisme. » Elle affirme également que le mouvement des Soeurs dans l'islam n'a pas reçu de plaintes pour le livre qui est pourtant distribué depuis 2005. Elles n'ont pas non plus été informées personnellement de la censure par les autorités.

« Fondamentalement, nous sommes étonnées. Et nous restons perplexes sur les raisons pour lesquelles le livre est interdit. » Il reviendra d'ailleurs aux distributeurs de retirer le livre du circuit.

Maintenir une image officiellement 'propre'

Depuis le début de l'année, 11 livres ont été frappés par la censure étatique, dont bon nombre sont distribués par des éditeurs américains, en ce qu'ils déforment la vision de l'islam que le pays souhaite entretenir. Environ deux tiers des 27 millions de Malaisiens sont musulmans ; la plupart des livres incriminés rapprochaient l'islam du terrorisme ou parlaient des mauvais traitements infligés aux femmes.