Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature 2010 mérité

Clément Solym - 07.10.2010

Culture, Arts et Lettres - Salons - jury - révolte - lauréat


 Le jury du prix Nobel de littérature doit prendre un malin plaisir chaque année à surprendre les foules d'amateurs et d'experts, de parieurs et de voyantes.

On avait eu le droit l'année dernière à Herta Muller, digne inconnue allemande. Cette année, le lauréat est planétairement reconnu, mais allez savoir pourquoi, personne ne l'attendait.

C'est « pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec », que l'écrivain péruvien, naturalisé espagnol en 1993, trois ans après sa défaite à l'élection présidentielle péruvienne, a reçu le prix Nobel de littérature 2010.


Mario Vargas Llosa, né à Arequipa au Pérou le 28 mars 1936, a aujourd'hui 74 ans. Communiste un temps, jusqu'à la révolte cubaine, il prône maintenant des thèses plus libérales. Après un premier recueil de nouvelles reconnu, Les caïds (Los Jefes, 1959), l'écrivain s'installe à Paris. Il continue d'écrire des colonnes politiques dans des journaux libéraux d'Amérique latine et de Floride, où il fustige constamment les mouvements progressistes, son pays d'origine et l'Amérique latine en géneral : l'Argentine est une pseudo-démocratie où « à chaque élection quelques factions et bandes péronistes se disputent et se répartissent le pouvoir face à la pitoyable impuissance de l'opposition pygmée" (El Païs).

Le Nobel a donc échu, encore une fois, à un auteur engagé. Ses principales oeuvres : La Ville et Les Chiens, (1963, La Ciudad y Los Perros), La Maison Verte (1966, La Casa Verde), La Guerre de la Fin du Monde (1982, La Guerra del fin del Mundo), ou encore Qui a Tué Palomino Molero (1986, Quien mato a Palomino Molero?).


Récemment encore, l'écrivain prenait part à la politique de son pays, en s'élevant par une lettre ouverte contre le président actuel, Alan Garcia. Il était par la suite allé jusqu'à démissionner de son poste à la présidence du Musée de la mémoire.

C'est cette révolte permanente, et son rôle de témoin de faits historiques, qui l'ont mené à ce prix Nobel. Personne ne l'attendait, et il faut s'y faire, le prix ne revient jamais à ceux qui ont les meilleurs pronostics. Pour Ngugi wa Thiong'o, Cormac Mac Carthy ou encore Assia Djebar, favoris, il faudra repasser. Vargas Llosa le mérite amplement, et sur ce point personne ne viendra contester le jury.


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