Marseille : nouvelle rétrospective des films de Guillaume Dustan

Camille Cado - 09.01.2020

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - guillaume dustan films - mouvement LGBT cinéma - guillaume dustan oeuvre


Écrivain, éditeur, magistrat, William Baranès (1965-2005), dit Guillaume Dustan, est aussi l’auteur de 17 films réalisés entre 2000 et 2004. Principalement centrés sur les pratiques et les problématiques autour de l'homosexualité, ils consituent une oeuvre presque oubliée qu'il s'agit aujourd'hui de raviver. Après un premier cycle rétrospectif organisé à Paris en juin 2019, 10 films de Guillaume Dustan seront présentés à Marseille sur une invitation du Videodrome 2 en février 2020.
 

Songs in the key of moi 


Toujours organisée par Julien Laugier, Pascaline Morincôme et Olga Rozenblum, membres de Treize, un espace d’exposition, de structure de production et d’édition indépendante installé à Paris, la rétrospective voyagera maintenant à Marseille au cinéma indépendant du Vidéodrome 2. Le cycle portera cette fois sur une sélection de 10 films, étalés sur 4 séances entre le 7 et le 9 février 2020. Une séance spéciale sera également organisée, accompagnée d’une lecture organisée en partenariat avec le CipM de textes du Rayon par Philippe Joanny et Béatrice Cussol.
 

Prolonger une oeuvre totale


Pour rappel, la première rétrospective des films organisée à Paris en juin 2019 est née de la découverte de la filmographie publiée dans Premier essai, grâce à la confiance des ayants droit (en particulier de Sophie Baranès) et la complicité de Tim Madesclaire et Philippe Joanny. À cette occasion, les films ont fait l’objet d’une restauration sonore à partir des seules copies DVD existantes, grâce au soutien du service audiovisuel du Centre Pompidou et avec l’aide précieuse de l’ingénieur du son Ivan Gariel et de la monteuse Hodei Berasategui.

Pour le reste, les films sont restés intacts, sans montage et sans habillage, la qualité de la mini-DV devant supporter le grand écran. Seules deux scènes (de moins de deux minutes chacune), à la demande des personnes filmées, ont dû être supprimées. Par ailleurs, un film présumé perdu dans la filmographie a été retrouvé alors que Porno, daté de 2001, est pour le moment perdu. Trois autres, quant à eux, restent encore soumis à l’approbation de droits à l’image.

L’idée de continuer ce projet de diffusion à Marseille mais aussi en Suisse, à Fri-Art fin 2020, a pour but de faire exister l’ensemble des films de Guillaume Dustan, incontournable figure de la culture littéraire gay et queer des années 1990, et de les considérer comme la partie manquante d’une œuvre totale qui réunit jusque-là ses livres et ceux qu’il a édités. Il s’agit ainsi de prolonger un projet viral qui s’applique à créer, par toutes formes de diffusion, une « bulle d’énergie avec une dynamique néguentropique, qui attire », précise le communiqué.
 

Sexe, amour et condition queer : des films sur le quotidien


Guillaume Dustan publie sa filmographie complète dans son dernier livre, Premier essai, en 2004 et introduit ainsi ses films : « Mes films sont tournés selon le dogme warholien en DV avec une très jolie caméra Sony qui fait une image très étrange, sans générique, en son direct, sans montage. C’est filmé-monté. »

Les synopsis rédigés par Dustan dessinent un corpus assez vaste de films d’appartements (Pop Life, Songs in the key of moi), de films d’amour (Pietà et Ratés notamment, tournés avec Tristan son amoureux de l’époque), de films d’entretiens (Poubelle, Nietzsche) et de films de voyages (Enjoy (back to Ibiza) par exemple).

Ils poursuivent la démarche que Dustan développe au même moment dans les livres Nicolas Pages, Génie divin, LXiR ou Dédramatison La Vie Cotidèn, regroupés dans la période bordelmonstrepartout : « Faire les courses, penser la vie occidentale, baiser, marcher dans la rue, s’habiller, téléphoner, écrire, recopier le carnet intime de sa grand-mère, ou des entretiens, ou des paroles de house, coller des articles écrits pour la presse, des CVs, des programmes politiques [...] ». se retrouvent alors dans les films comme dans les livres et permettent d’expérimenter l’intensité vitale et politique du projet Dustan.
 
Ses films n’ont pourtant jamais été diffusés de son vivant. Ce n’est pas faute d’en avoir parlé. Dustan évoque à maintes reprises, et ce dès son premier livre, son intérêt pour le film (« il faudrait filmer », Dans ma chambre). Dans Génie divin, il décrit plusieurs projets et liste dans sa biographie certains déjà réalisés aux cotés de films « en projet », de films « peut-être », « on verra bien ».

Dans LXiR, il consacre un chapitre aux films d’Andy Warhol vu au Centre Pompidou en avril 2001, parle des siens entre les lignes et se plaint de ne pas être financé. Dans Premier essai, il explique ses différentes tentatives de diffusion, rejetées notamment par des commissaires d’exposition en institution. De son vivant donc, les films n’ont été vus qu’en privé, le plus souvent sur le petit écran de sa caméra mini-DV.

Guillaume Dustan, Enjoy (back to Ibiza)


Après sa mort en 2005, ses proches ont fait numériser et étalonner dans l’urgence deux films (Nietzsche et Enjoy (back to Ibiza)) en vue d’une projection hommage au Festival du film Gay et Lesbien : quatre d’entre eux ont été distribués par Le Peuple qui manque. L’artiste Lili Reynaud-Dewar en a montré deux dans le cadre d’un projet pédagogique ayant donné lieu à une exposition au Consortium à Dijon. Selon les informations, seule une projection de Enjoy (back to Ibiza) a été organisée par Pointligneplan à la Fémis.

Le programme complet avec de nouveaux synopsis augmentés par séance et un texte inédit sur les films sont disponibles sur le site du Videodrome 2
 


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