Martin Parr au Jeu de Paume : le regard du collectionneur

Clément Solym - 15.08.2009

Culture, Arts et Lettres - Expositions - martin - parr - jeu


Depuis des années maintenant, Martin parr hante les lieux d’expositions les plus prestigieux. Il a publié une trentaine de livres et la liste de ses expositions personnelles pourrait faire office d’annuaire des plus beaux musées du monde. Pourtant, Martin Parr étonne et agace : on ne compte plus le nombre de critiques qui lui ont été adressées.

Le Jeu de Paume lui consacre une exposition particulière au titre nombrilistePlanète Parr, dans laquelle sont présentés les différents objets et photos de ce collectionneur pathologique : il traîne cette maladie depuis son plus jeune âge.
 
crédit : © Martin Parr

La face cachée de Martin Parr

Avant même l’entrée dans la galerie d’exposition, on craint le pire. Objets kitchs à l’effigie de Barack Obama – montres, boîtes de céréales et autres gadgets – et cartes postales affreuses provoquent l’étonnement dans les couloirs. La personne à mes côtés pouffe de rire. Passé à travers toutes les étapes de la reconnaissance photographique, et reconnu internationalement par ses pairs, Martin Parr suscite encore chez l’homme de la rue  l'incompréhension, voire l’hilarité. Il était pour moi un photographe du kitch et de l’inutile, un écrivain malhabile qui voyait sa narration étouffée par un mauvais jeu de lumière. En fait de satire du banal, on voyait surtout du banal.

C’était avant cette exposition.

On entre donc dans une première pièce, au rez-de-chaussée, découpée en trois parties spacieuses. Ici commence la métamorphose du regard. Là, une photo de Graham Smith ; ici un portrait en noir et blanc d’un père portant son enfant sur les épaules par Chris Killip (voir ci-dessous) ; et plus on avance plus les yeux s’écarquillent. Le kitch est balayé par d’époustouflantes photographies qui dessinent la vie anglaise sous son côté le plus sombre. Suivent les photos de Mark Neville, issues de sa série The Port Glasgow Book Project réalisée entre 2004 et 2006 (voir ci-dessous). On passe des années soixante-dix à une époque plus contemporaine en suivant le même fil tiré sur la photographie sociale.
 
                                  Crédit : © Chris Killip                            crédit : © Mark Neville

Car c’est bien l’homme qui est au centre de la Planète Parr. Même quand on admire le travail de John Davies dans sa série The British Landscape, aperçu il y a quelque temps à la galerie VU, c’est bien d’humanité qu’il s’agit.

Martin Parr a aussi tourné ses yeux vers l’Est. On est frappé par les photos noires d’Osamu Kanemura et celles, aquatiques, de Asako Narahashi dans sa série Half Asleep Half Awake in the Water. Les repères s’effondrent et c’est la faille : qui êtes-vous Martin Parr ?

« Je me soucie peu de la critique que je peux susciter »

Je me souviens de ce parc dans lequel trônait, comme attraction principale, un Gargantua. Emerveillé par ce périple à travers le corps de ce bonhomme, comme peut l’être un gamin de six ans, j’ai éprouvé le même sentiment en ressortant des galeries du Jeu de Paume. On entre dans la tête de Martin Parr pour visiter son univers de collectionneur et admirer le panorama de ses inspirations photographiques, puis on se place dans son œil, le regard braqué sur le monde des nantis. Au premier étage se déploie la série Luxury, fruit de dix ans de travail et de parcours dans les sphères de la richesse et ses lieux d’exhibition, courses hippiques, boîtes de nuit select, club privés et autres fabriques de l’entre-soi.

Afrique du Sud, France – au prix de l’Arc de Triomphe, Angleterre, Etats-Unis, Dubaï : dans tous ces pays se côtoient une élite fière d’exhiber son consumérisme outrancier, que le photographe a saisi dans des clichés acerbes.

 
 crédit : © Martin Parr

Il explique ses choix dans une interview récente : « La photographie traditionnelle choisit la pauvreté. Moi je photographie la richesse comme thème de souci humain. Nous sommes en danger de faire exploser cette planète par une création excessive de richesse ». Et Martin Parr de justifier ses choix en éludant les prises de positions de ses détracteurs « En fin de compte, je ne comprends pas qu’il soit controversé d’aller dans un supermarché mais pas sur un champ de bataille. Je me soucie peu de la critique que je peux susciter ». Et il a bien raison.

Pour les amateurs de livres de photos, et puisque nous sommes sur ActuaLitté, on se doit de parler de son opus intitulé Le livre de photographies, publié chez Phaidon. Ce fut un tel succès qu’il a fait grimpé de façon incroyable la côte des ouvrages qu’il y présente. Pour le plus grand malheur des petits collectionneurs. Si vous avez aimé son regard sur la photographie, ne passez pas à côté de ce livre.

Bonne exposition et bonne lecture !

Planète Parr
La collection de Martin Parr

du 30 juin au 27 septembre 2009
Jeu de Paume
1, place de la Concorde
75008 Paris