Mémoires écrits dans un souterrain : Dostoïevski en peinture animée

Nicolas Gary - 22.08.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Fiodor Dostoievski - homme ridicule - mémoires souterrains


Le réalisateur Alexander Petrov avait choisi de s'attaquer aux Mémoires écrits dans un souterrain de Fiodor Dostoïevski. Ce roman, considéré comme le premier ouvrage existentialiste, brosse le tableau d'un homme isolé, qui méprise le monde autour de lui. Enjoué et rieur — blague — le type est paralysé par le doute, et pris dans l'absurdité de sa propre existence.

 

Retrato de Fiódor Dostoiévski por Vassili Perov, 1872

Vassili Perov, CC BY NC SA 2.0

 

 

D'une tristesse assez insondable, le narrateur fait un état des lieux peu encourageant, il trouvera un écho assez troublant dans le livre paru en 1877, Le rêve d'un homme ridicule. Mais en 1864, le roman laisse surtout préfigurer une forme d'impuissance dans l'existence — et une forme de vanité imparable.

« Je suis malade... Je suis méchant, très désagréable. » Ainsi se décrit Ordinov dans ses carnets. Dès son enfance, il n'a pu nouer des relations normales avec ces semblables. On le découvre dans la première partie, vivotant sur un petit héritage et cherchant un nouveau logement. Il erre en ville, tout lui est étranger, bizarre. Rien d'étonnant, il vit retiré, devenu sauvage. Il réussit à sous-louer une chambre à un couple étrange qu'il a croisé dans une église. Ordinov se lie avec la jeune femme... La deuxième partie est constituée du journal d'Ordinov. On le retrouve quelques années plus tard, ayant trouvé un emploi modeste. Il déteste ses collègues de travail. Subissant vexations et humiliations, il se venge sur une jeune prostituée. Cet homme est-il vraiment dénué à ce point d'humanité ?

On pourra le retrouver gratuitement chez Feedbook

 

Une adaptation cinématographique originale a été réalisée par Alexander Petrov, avec la traduction de Galina Saubanova. Un film d'animation en deux parties, bref, et plutôt intense, reposant sur la réalisation d'un millier de peintures pour une minute de film. L'ensemble est présenté avec une certaine légèreté, sans trahir l'œuvre originale. L'intégralité du dessin et de la réalisation sont de lui.

 

Le réalisateur avait remporté en 1999 un Oscar pour une adaptation du Vieil homme et la mer. (via Open Culture)