Michel Houellebecq façonne un Palais de Tokyo à ses images

Antoine Oury - 01.07.2016

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Michel Houellebecq exposition - Michel Houellebecq Palais de Tokyo - Palais de Tokyo expo


Écrivain/chanteur/photographe/cinéaste, il était logique que Michel Houellebecq devienne un jour ou l’autre le sujet d’une exposition. Le Palais de Tokyo précisait qu’il ne s’agissait pas d’une exposition sur Michel Houellebecq, mais de Michel Houellebecq, et force est de constater que son installation dans le centre d’art contemporain est tout sauf tournée vers lui-même.

 

Vue de l’exposition de Michel Houellebecq, Rester vivant, Palais de Tokyo (23.06 – 11.09.2016)

Photo : André Morin

 

 

Houellebecq, on le connaît à travers ses écrits, parfois, mais surtout à travers ses apparitions publiques ou ses petites phrases polémiques, souvent. Si l'exposition n'aidera pas un lecteur qui n'apprécie pas son écriture à ouvrir un autre de ses livres, elle permet sans aucun doute de découvrir un univers plus large que celui que l'on associe à Michel Houellebecq.

 

Enfin... Le premier stimulus de l'exposition est assez conforme aux obsessions de l'écrivain : avec des messages SNCF diffusés aléatoirement dans l'exposition, des pièces dans les tons gris, de basiques chaises en plastique et des néons blafards pour éclairer le tout, les environnements périurbains et industriels sont célébrés par Michel Houellebecq comme dans ses écrits.

 

 

 

Les premières photographies sont dans les mêmes tons, et le visiteur craint alors de n'avoir que des centres commerciaux, zones industrielles et barres HLM à contempler : erreur, puisque Houellebecq photographe contemple aussi la nature — énormément, même — et d'autres architectures, à l'occasion de ses voyages en France et en Espagne, surtout.

 

La seule constante, c'est qu'à l'exception de la série « Femmes », consacrées aux femmes dont il est tombé amoureux, la présence de l'humain est rare dans les photographies exposées. « Rester vivant » s'intègre dans le cycle Homo Sapiens, « l'Homme moderne, scruté par les artistes, de ses origines pré-cromagnonesques ou néandertaliennes à ses obsessions d'aujourd'hui », et si Houellebecq l'observe, c'est par les marques qu'il laisse dans les territoires, ou par son absence dans d'autres.

 

Une grande partie d'entre elles s'appuie sur des effets géométriques au sein du cadre, qui importent plus que le sujet ou l'objet photographié, semble-t-il : on ne sait jamais si Houellebecq se fait photographe parce qu'il trouve quelque chose moche ou beau. Il semblerait plutôt qu'il photographie pour retenir une certaine ambiance.

 

On reproche parfois à ses romans de manquer de relief, voire d'intervention artistique, comme s'il se contentait de décrire le plus platement possible les situations : la série « Arrangements » viendra réjouir ceux-là, car Houellebecq s'y livre à des photomontages superposant une photographie à une autre de taille plus importante. Jeu sur les formes ou les couleurs (Houellebecq semble surtout sensible aux bleu, vert et rouge), le résultat est souvent réussi. D'une manière générale, les photographies sont plus proches de sa poésie (citées à plusieurs reprises) que de ses romans.

 

Les photomontages permettent aussi à Houellebecq, façon Pascal, de mettre en vis-à-vis infiniment grand et infiniment petit, par exemple en associant ce qui ressemble à des organismes vus dans un microscope aux vues aériennes de villes éclairées, la nuit.

 

Vue de l’exposition de Michel Houellebecq, Rester vivant, Palais de Tokyo (23.06 – 11.09.2016)

Photo : André Morin

 

 

Retrouver Michel Houellebecq en une infographie

 

Pour apporter un peu de diversité au sein des nombreuses photographies accrochées, l'exposition propose différents extraits des réalisations de Houellebecq, à savoir La possibilité d'une île et L'érotisme vu par... Michel Houellebecq. Les extraits du premier sont assez bizarrement choisis, et l'on passe parfois totalement à côté, tandis que le second, court-métrage commandé par Canal +, dénote assez de ce que l'on associe à Houellebecq, qui fantasme ici des amours lesbiens dans un environnement bucolique. Sa série « Femmes », présentée dans une salle annexe à celle où est projeté le court-métrage, est plus ouvertement influencée par l'imagerie pornographique, même si certaines images sont plus tendres qu'attendu.

 

Si la salle constitue un bon moyen de créer un espace de détente et permet aux fumeurs de s'en griller une, le fumoir reconstitué par Houellebecq et tout droit sorti d'un de ses ouvrages n'apporte finalement pas grand-chose à l'exposition, contrairement à l'autre salle intermédiaire où est diffusé un vieil entretien filmé éclairant quant à sa pratique photographique.

 

La véritable force de l'exposition réside dans les choix artistiques effectués par Houellebecq à travers les invitations d'autres artistes : Robert Combas pour ses passages illustrées de la poésie de Houellebecq évoquant un art primitif ou les dessins enfantins de Basquiat, Renaud Marchand et sa géniale installation d'éléments chimiques représentants Esther et Daniel, les héros de La possibilité d'une île, et Chimica Matrix, fascinante cuve façon lava lamp : on comprendra que Houellebecq apprécie les réactions chimiques pour leur discrétion, leur lenteur parfois, mais leurs effets incontournables.

 

 

 

On retrouvera aussi les clichés de Marie-Pierre Gauthier, son ex-femme, dans la salle consacrée au chien de Houellebecq, Clément, plutôt émouvante même si, avouons-le, elle est loin d'être la plus indispensable. Raphaël Sohier s'est chargé de l'ambiance sonore de l'exposition, très réussie.

 

La scénographie, mise au point avec Laurence Fontaine, est une des réussites de « Rester vivant » : pas très remarquable au départ, elle se complexifie au fil de l'exposition pour finalement happer le spectateur. L'alternance de salles très éclairées et colorées (notamment celle avec un sol fait de sets de table touristiques !) et d'environnements plus sombres change les perspectives et les humeurs, jusqu'à l'ultime couloir de l'exposition, avec ses néons changeants comme des expirations.

 

Il faudra compter une bonne heure pour l'ensemble de l'exposition, dont le commissaire est le directeur du Palais de Tokyo lui-même, Jean de Loisy, assisté par Karen de Loisy. « Rester vivant » est en tout cas loin de l'exposition prétexte à laquelle on aurait pu s'attendre.


Pour approfondir

Editeur : Lgf
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782253115526

La possibilité d'une île

de Michel Houellebecq (Auteur)

Michel Houellebecq entwirft radikal unsere Zukunft und konfrontiert dabei drastisch Menschheitsentwürfe. Michel Houllebecqs Prosa ist voll visionärer Kraft, eine Abrechnung mit unserer heutigen Gesellschaft, wie sie endgültiger kaum sein kann.

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