Milan, un salon du livre “strictement commercial”, déjà condamné

Nicolas Gary - 23.09.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - Italie Milan Turin - Dario Franceschini édition - guerre salon livre


Suite à l’échec des négociations entre Turin et Milan vient l’heure des polémiques. Deux salons littéraires cohabiteront en Italie, à quelques semaines à peine d’intervalle. Et pour le ministre de la Culture, la situation tournera au vinaigre...

 

Milano - Fatal Attraction

Milan, comme un couac - Marco Trovò, CC BY SA 2.0

 

 

La saga italienne débutée cet été ne s’achèvera pas en si bon chemin. Depuis que l’Associazione italiana editori a fait part de ses intentions de créer un salon à Milan, au milieu du mois de juillet, les tensions montent. En début de semaine, une tentative de négociation a été menée par le ministre Dario Franceschini, mais en vain. 

 

Pas de participation du ministère de la Culture

 

Ce dernier, aux côtés du ministère de l’Éducation italien, avait déjà posé ses valises – et promis un financement – à Turin. Or, selon ses derniers propos, le salon du Milan ne doit être qu’un « événement de nature purement commerciale ». Raison pour laquelle son ministère ne souhaite pas le moins du monde s’y engager. 

 

Le Mibact, Ministerio dei beni e delle attività culturali e del turismo, « ne participera pas » au salon de Milan. Point barre. « Nous nous sommes engagés dans le Salon de Turin avant que cette division ne survienne, aussi n’y a-t-il aucune raison de nous désister. Notre engagement réside dans la promotion de la lecture, c’est un engagement institutionnel. Il m’apparaît que les conditions pour en faire un vecteur de promotion de la lecture y sont réunies. »

 

Des déclarations qui ont piqué au vif l’AIE, et son président, Federico Motta, n’a pas tardé à riposter à la fin de non-recevoir ministérielle. Dans un communiqué, il espère convaincre Dario Franceschini du bien-fondé de ce qui sera monté à Milan, « un événement de promotion du livre et de la lecture ». Et d’inviter le Mibact à assister à la présentation qui se déroulera le 5 octobre...

 

Avec la guerre des salons Turin-Milan, « nous risquons une honte internationale » (Dario Franceschini)

 

 

D’ailleurs, le ministre, s’il n’avait pas ouvert son courrier, est également invité, de façon très officielle, à se rendre à l’inauguration qui aura lieu le 19 avril. « Il aura ainsi la possibilité de participer en personne à la présentation, pour se convaincre du fait que “la manifestation milanaise dédiée au livre” est un véritable événement de valorisation du livre et de la lecture. Et que la vision culturelle va bien au-delà de l’une ou l’autre des initiatives menées dans notre pays. »

 

1 partout, balle au centre

 

« Pourquoi Milan devrait être, selon le ministre Franceschini, un événement à caractère strictement commercial ? », interroge l’AIE. Depuis l’échec de la négociation, le ministre ne cesse de déplorer, dans la presse, le drame que l’édition va vivre : « Malheureusement, nous avons perdu une occasion, et la situation est claire. Nous devons comprendre comment empêcher que les deux manifestations distinctes ne se nuisent mutuellement. »

 

« Quelle importance avons-nous, par rapport à la Foire de Francfort ou celle de Londres ? Nous avions un Salon certes plus modeste, mais qui depuis 30 ans jouit d’une bonne réputation en Europe. Une marque nationale reconnue, qui se trouve maintenant affaiblie par la naissance d’une autre foire, opérée 4 semaines plus tôt, et à 150 km de distance ? » Dario Franceschini, le 12/09

 

Il semble évident que le ministre, entre Turin et Milan, a choisi son camp : l’idée que le salon milanais ne soit qu’un outil commercial est répétée par les opposants depuis le début.

 

Stefano Mauri, président du groupe Gems, le déplore : « Dire que cette initiative est purement mercantile, c’est ce que nos adversaires ressassent. Ce sont des éditeurs qui n’ont pas pris part aux travaux de l’AIE. Bien au contraire, l’événement aura une dimension culturelle profonde. Je suis étonné qu’un ministre puisse catégoriser de la sorte un événement qui n’a pas encore eu lieu. »

 

via Corriere della sera