Misterioso-119 : bienvenue en prison

Le Souffleur - 27.05.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - théâtre - prison - femme


Passer de force du Dehors au Dedans, y faire une entrée contre volonté, sans en tenir compte, est un viol. Le corps de la prison ressemble au corps de ces femmes criantes, incomprises et brutalisées dont la chair tend à reprendre quelque peu le contrôle de leur vie. Au-delà des règles de la citée, de la morale et du bien pensant, l'instinct de survie est le plus fort et le corps se révèle loup lorsqu'on le croyait machine ou simplement enveloppe.

 

 

© Pascal-Sautelet Misterios 119

 

 

Face à nous, un espace en demi cercle, structuré par une construction métallique où grillages et barreaux se croisent pour suggérer les passerelles des prisons panoptiques. Aucun angle mort dans cette scénographie où chaque espace est visible de toute part. Cour intérieure, couloirs, cellules et douches sont définis pas des volumes et par la froideur du métal ou du plastique. Même les lumières vont jusqu'à tatouer l'enfermement sur la peau des comédiennes. Tout comme le son, de ce fameux violoncelle, incessant et harassant.

 

Car elles sont six comédiennes sur le plateau, enfermées toutes dedans. Qu'elles soient meurtrières ou innocentes, détenues ou intervenante de théâtre, elles n'en sont pas moins au même point : toutes soumises au regard des autres, au regard de la mère supérieure alias « big brother is watching you » qui apparaît comme une image fantomatique.

 

Aux premières lignes de ce regard se trouve évidemment leur corps de femme. Une silhouette, de la chair, un corps qui peut être touché, frappé, violé ou aimé. Elles le font bouger, se font plaisir, se font mal : elles le revendiquent comme le leur. Il est le premier objet qui leur permet d'aimer, d'exister et par là de trouver ou retrouver une puissance de vie. La meute se défait pour les laisser parler tour à tour et livrer comme une plaie béante leur douleur de femme et leur acte instinctif de survie qui les a menées en prison. Non, elles n'ont pas été victimes d'un acte de démence ce jour-là, au contraire, c'était de la clairvoyance : le jour où elles ont repris possession de leur corps et où elles ont dit qui elles étaient.

La grande question sera alors de comprendre comment on se réapproprie ce corps.

 

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Jusqu'au 8 juin au théâtre de La Tempête