Molière et Scapin, un univers de farces à la Comédie française

Audrey Le Roy - 07.01.2019

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Molière fourberies Scapin - Comédie Française Molière - Scapin Benjamin Lavernhe


Molière était un visionnaire, il savait qu’un jour un grand metteur en scène, Denis Podalydès, confierait le rôle de Scapin à Benjamin Lavernhe. Molière le savait ! Il ne peut en être autrement tant Benjamin Lavernhe, qui vient d’être nommé, ce 1er janvier, 534e sociétaire de la Troupe des Comédiens-Français, habite Scapin, tant il est Scapin ! 


© ©Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

 
Denis Podalydès semble l’avouer également quand il écrit « Molière joue dix-huit fois le rôle de Scapin ; ce n’est pas un succès. La pièce ne triomphera que bien plus tard, sans lui. Peut-être a-t-il manqué à l’extrême énergie que réclamait le rôle qu’il s’était pourtant écrit ? » Faut-il le répéter ? Molière savait ! Lavernhe est Scapin, Scapin est Lavernhe.

Le problème que l’on peut rencontrer avec les classiques c’est qu’à force de les voir sous différentes mises en scène, on finisse par être, n’ayons pas peur des mots, légèrement… blasés (?), non, disons plutôt très (trop ?) exigeants. Il est possible qu’on réponde à la question « Tu fais quoi ce soir ? » par un « Oh, vais voir Les Fourberies de Scapin » sans plus de façon.

Eh oui, j’ai vu Scapin ! Je l’ai vu en chair et en os. Je l’ai vu ébouriffant, étourdissant, exténuant, délicieusement machiavélique ! J’ai vu Scapin vivant sous les traits d’un Benjamin Lavernhe époustouflant, entraîné par une équipe remarquable et un Didier Sandre qui joue un Géronte magnifique, avare (ça va sans dire), grincheux et, tendrement, affectueusement, grognon.
 

Scapin, et Molière, l'immense


Du grand art, en costume Christian Lacroix, et que l’on doit au génie de l’intemporel Molière ! « Celui qui demeure le plus grand auteur comique occidental et l’un des plus grands artistes français, qui continue de faire rire le monde et qui ne cesse de nous parler, est aussi un individu passionnant à observer. Molière reste un homme fascinant, même à quatre siècles de distance. »

Ô combien Georges Forestier a raison d’écrire cela dans la biographie qu’il consacre au grand homme et qui a été publiée il y a peu chez Gallimard.

Professeur à la Sorbonne, éditeur des œuvres complètes de Racine et de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade, Georges Forestier s’est mis en tête de démythifier Molière, de nous le rendre le plus tangible possible en s’écartant de la trop connue, mais néanmoins fausse Vie de M. de Molière, publiée en 1705 par Grimarest et qui ne reposait sur aucune source fiable.
 

Cet illustre méconnu


Et pour cause, de sources fiables il n’y en a que très peu, puisqu’« il ne subsiste ni lettre, ni brouillon, ni note, ni manuscrit », rien ! Molière n’eut pas de descendance qui, à l’image des enfants de Racine, se soit attachée à faire entrer leur cher papa dans l’Histoire. Des quatre enfants qu’il a eus avec Armande Béjart, trois sont morts jeunes et la quatrième passa sa vie à expier la vie de ses parents dans un couvent. Pour entrer dans la postérité, on a fait plus simple.

Mais il en fallait plus à Molière, réelle « star » du XVIIe siècle pour se faire oublier. Les archives, ecclésiastiques ou notariales, des villes où la troupe est passée ; les livres de comptes ; les témoignages ; les haut-le-cœur des dévots, tout a été passé au crible par l’auteur de cette méticuleuse biographie.

Georges Forestier l’écrit, il s’agit « de se faire une idée [...] à grands traits ».

Molière n’est pas Louis XIV, on ne peut, avec l’aide d’une montre et d’un almanach, savoir quand il est sur sa chaise percée, mais on peut retracer les grandes lignes de sa vie et se convaincre que « son talent avait très tôt fait de lui une vedette ».

N’en déplaise à Pierre Louÿs, qui aurait peut-être dû s’arrêter à l’écriture de son Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation… mais c’est une autre histoire. La comédie en trois actes de Molière, Les Fourberies de Scapin, mise en scène par Denis Podalydès, se joue jusqu’au 19 mars 2019 à la Comédie-Française, Salle Richelieu. 

Georges Forestier – Molière – Gallimard – 9782070135066 – 24 €


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