Molières : Sébastien Thiery en représentant syndical, nu devant Fleur Pellerin

Nicolas Gary - 28.04.2015

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Molières Nicolas Bedos - Fleur Pellerin - revendications auteurs chomage


Nicolas Bedos a tenu parole : il avait promis, pour cette seconde présentation de la 27e nuit des Molières, de faire mieux encore que l'année passée. Pari relevé, et manifestement tenu, devant une ministre de la Culture amusée, par la prestation de Sébastien Thiéry. L'auteur et comédien a fait sensation en débarquant « à poil » face à Fleur Pellerin... 

 

 

 

 

Depuis mars 2014, c'est devenu le slogan des associations, porté par le Conseil Permanent des Écrivains : « Les auteurs, bientôt tous à poil », mais personne ne s'attendait à le retrouver sur la scène des Molières. Auteur dramatique ou auteur de littérature, littérature jeunesse, etc. finalement, le combat reste le même. Mais retransmis à la télévision en prime time, c'est autrement plus parlant.

 

L'arrivée de Sébastien Thiéry, aux Folies Bergère, va faire parler internet durant quelques heures encore. Introduit comme « un représentant syndical », le comédien a servi les revendications de l'auteur, en tenue d'Adam. Et d'interpeller immédiatement Fleur Pellerin, prise d'un fou rire.

 

« La Fédération CGT du spectacle m'a demandé de vous lire le texte suivant : Dans les semaines qui viennent, le gouvernement va devoir se pencher sur la convention de l'assurance chômage. Les annexes 8 et 10 concernant les intermittents du spectacle risquent, une nouvelle fois, d'être renégociées. »

 

Bien entendu, « les plus fragiles d'entre nous » sont les auteurs dramatiques. « Savez-vous, Madame la Ministre, que les auteurs vivants sont les seuls, dans toute la profession, à ne pas bénéficier de l'assurance chômage ? » Et de citer tous les intervenants, metteurs en scène, acteurs, figurants, ou encore « la costumière, bref, tout le monde a le droit au chômage sauf l'auteur. Pourquoi ? On peut faire du théâtre sans costume. Sans costumière. »

 

Et de se tourner vers Nicolas Bedos pour interroger : « N'est-ce pas ? » Réponse de l'intéressé, hochant la tête d'un air grave, mais masquant difficilement son sourire : « Apparemment... »

 

« Parce que les auteurs sont laids comme des poux, ils n'ont pas le droit à l'assurance chômage », interroge Sébastien Thiéry, après une nouvelle apostrophe, face à Fleur Pellerin. Qui ne sait définitivement plus où se mettre.

 

« Alors en France, tout le monde est persuadé que les auteurs de théâtre gagnent beaucoup d'argent. C'est faux... C'est vrai pour certains auteurs du théâtre privé, c'est vrai. Éric Assous, Florian Zeller ou moi-même, on gagne pas mal d'argent. Mais c'est pas pour ça qu'on n'a pas besoin d'être aidées. Une fois qu'on a payé nos impôts, l'école privée des enfants, la nounou, les vacances à l'île Maurice, et pour peu qu'on ait une maîtresse ou deux à entretenir, à la fin de l'année, on finit à poil ! »

 

 

Nous cachons le sexe du comédien, pour éviter les représailles de Google, très frileux sur des questions de nudité, NdR. Et certainement pas par pudibonderie, la preuve, la vidéo est juste en dessous...

 

 

Et de poursuivre : « Un acteur qui joue faux, durant 507 heures, il a le droit au chômage. Un auteur du privé, qui écrit une merde, il se retrouve dedans. »

 

Le final est hilarant, la ministre, le visage plongé dans la main pour ne pas voir ce qui se passe... 

 

Bien entendu, cette intervention ne peut pas être détachée du spectacle de Thiéry, Deux hommes tout nus, dont il est auteur. Mais bien entendu, elle s'inscrit dans le même mouvement qui avait conduit les auteurs à circuler dans le Salon du livre jeunesse de Montreuil. Ou encore, dans les rues d'Angoulême, avec la marche qu'avaient organisée les auteurs BD. Ou plus près de nous, lors du Salon du livre de Paris, où l'on entendait clamer : « Pas d'auteurs, pas de livres»

 

Si la ministre de la Culture a toujours prêté une oreille attentive aux revendications, il semble que ce soit du côté des Affaires sociales et de la ministre Marisol Touraine que le message ait le plus de mal à passer. La réforme du RAAP, qui touche à la retraite complémentaire des auteurs est au cœur des préoccupations des représentants depuis maintenant plus d'un an... sans montrer de signes d'avancées manifestes.