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Molloy, Godot et d'autres : la bibliothèque des Éditions de Minuit à la BnF

Clément Solym - 26.06.2018

Culture, Arts et Lettres - Expositions - éditions Minuit exposition - Jérôme Annette Lindon - BnF Molloy exposition


La BnF expose une centaine de livres issus de la bibliothèque d’Annette et Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit de 1948 à sa mort en 2001. Ces archives, offertes en février 2015, avaient rejoint la réserve des livres rares, et l’on attendait qu’elles fassent l’objet d’une exposition.


Les éditions de Minuit - Salon du Livre de Paris 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Ces livres, donnés à la BnF par leurs enfants Irène, André et Mathieu en 2015, esquissent en creux, grâce aux dédicaces de leur auteur, le portrait d’un éditeur combattant, courageux, exigeant, qui entretint des relations privilégiées avec les plus grands écrivains de son temps : Samuel Beckett, Marguerite Duras, Claude Simon, Alain Robbe-Grillet, etc.
 

Présentées aux côtés de photographies inédites et du manuscrit d’En attendant Godot, ces pièces racontent l’aventure humaine vécue aux Éditions de Minuit, au gré de leurs engagements esthétiques et politiques.
 

Un envoi d’Henri Alleg, l’auteur de La Question, présente Jérôme Lindon comme l’« homme de tous les combats contre tous les racismes et toutes les intolérances ». Il a à cœur, comme l’écrit Robert Linhart au seuil de son enquête sur les ouvriers exploités au Brésil, Le Sucre et la faim, de « se bat[tre] pour que tant de voix ne soient pas étouffées ».

Si certains auteurs saluent ses qualités humaines, comme Le Corbusier sa gentillesse, beaucoup évoquent son courage. Courage d’éditer des témoignages sur la Shoah, que le public ne veut pas entendre, tels La Nuit d’Élie Wiesel ou la trilogie Auschwitz et après de Charlotte Delbo ; courage de dénoncer, avec le concours de son ami Pierre Vidal-Naquet et au péril de sa maison d’édition, les crimes des autorités françaises pendant la guerre d’Algérie ; courage de lutter contre la censure politique, mais aussi morale, donnant la parole à des groupes sociaux en quête d’émancipation : prostituées, féministes, homosexuels, etc. Il est par exemple l’éditeur de Monique Wittig, de L’Opoponax au Corps lesbien
 

L’exposition, qui présente une centaine d’ouvrages parmi les 900 entrés à la Réserve des livres rares grâce au don effectué suite au décès d’Annette Lindon, montrera aussi l’intérêt que l’éditeur avait pour les pensées d’avant-garde comme celles de Gilles Deleuze ou de Jacques Derrida, et le soutien qu’il apporta aux recherches en sciences humaines et sociales en accueillant revues et collections, telles Arguments ou Critique
 

Les combats littéraires de Jérôme Lindon furent également menés de haute lutte. Publier Molloy de Samuel Beckett, découvert en 1951, est une première victoire. S’ensuit le succès d’En attendant Godot dont le manuscrit donné à la BnF en 2006 par Annette Lindon sera exposé, puis le Prix Nobel de littérature en 1969 et surtout une amitié de toute une vie. Jérôme Lindon veut défendre des formes nouvelles d’écriture, indépendamment du goût du public et des lois du marché.

Il est rejoint, dans ce combat, par Alain Robbe-Grillet, l’« inventeur » du Nouveau Roman, qui attire chez Minuit Michel Butor, Prix Renaudot pour La Modification, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Marguerite Duras et Moderato Cantabile, ou encore Claude Ollier, peaufinant l’image avant-gardiste de la maison et accroissant sa renommée, fût-elle scandaleuse. 
 

Dans leurs envois, les écrivains rendent en général hommage à son exigence, à sa lecture attentive et à ses conseils avisés. Pour Jérôme Lindon, seule la vérité de l’écriture compte, mais c’est aussi la passion qui le pousse à publier des ouvrages singuliers dans son catalogue comme par exemple L’évocation du Vieux Paris de Jacques Hillairet ou la collection Forces vives presque entièrement consacrée à Le Corbusier. 
 

Une génération plus tard, à la suite de Jean Echenoz et dans l’ombre prestigieuse de Beckett, les jeunes auteurs du « nouveau Nouveau Roman », de Jean Rouaud à Jean-Philippe Toussaint, d’Éric Chevillard à Marie N’Diaye, montrent que le modèle voulu par l’éditeur, ce « découvreur de lieux littéraires et limitrophes » salué par Christian Oster, est toujours vivant. 

L'exposition se tiendra du 9 octobre au 9 décembre à la BnF.

 




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