Mort de Patrick Cauvin, écrivain ingénieux sans génie

Clément Solym - 19.08.2010

Culture, Arts et Lettres - Salons - livre - adolescents - succès


La plume est légère, mais elle finit bien par tomber. Claude Klotz (de son vrai nom) s’est éteint, et Patrick Cauvin avec lui. On ne pleurera pas (certes) un Goncourt, ni un génie. On regrettera juste cette facilité à décrire l’enfance, l’adolescence, ces pages qui nous faisaient irrémédiablement rajeunir.

 

Celui qui fut professeur de lettres en banlieue pendant 10 ans s'en est donc allé le 13 aout 2010. Une trentaine de romans à son actif, enfin à diviser par deux. Klotz a écrit des polars, Cauvin tout le reste. Écrivain prolixe (ce n’est pas gage de qualité), il baptisera son dernier roman (Plon, 2010) Une Seconde Chance. Alors qu’il se sait atteint du cancer. Un clin d’œil comme il les maniait. Il retourne d’ailleurs pour celui-ci, sur son terrain de prédilection, l’adolescence.

 

Un âge béni pour Cauvin, qu’il n’a jamais quitté, lui Marseillais de coeur. Son succès, E=mc², mon amour, (1977, adapté au cinéma) suit l’amour naissant et prépubère de deux ados surdoués. A faire lire dans les collèges, où plus personne ne lit. C’est drôle, délicat, léger. Les personnages sont attachants ; un fan de cinéma qui rêve de V.O et de Jane Russell, tout en résolvant n’importe quelle équation. Une jeune et riche américaine, pour qui l’esprit, la philosophie et la littérature priment, derrière des boucles brunes qui charment tout ce bouge autour.

 


A la première personne, Cauvin est apte à retrouver son ton d’enfance. Haute-Pierre (thriller sans en être un), Une seconde Chance, Tout ce que Joseph écrivit cette année là, sont racontés par des mômes, des gamins pas modes, pas beaux, pas riches et pas chanceux, mais toujours intelligents. Qui ne comprennent pas bien ce qui se passe, et posent toujours un regard plein d’humour sur leur entourage.

 

Comme un air de ressemblance, du coup, entre ses bouquins. Cauvin avait un domaine, quand les grands de la discipline peuvent passer de l’un à l’autre aisément. Cauvin a su rester humble. Il a pris du plaisir, c’est sûr, à faire ce qu’il faisait le mieux. Nous en a donné. Pas de la profonde admiration, pas d’élans lyriques.

Mais un sourire au coin d’une page tournée, c’est déjà bien agréable.