Mosfilm et Youtube, Souvenirs d'un cinéma de propagande

Clément Solym - 28.04.2011

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - mosfilm - youtube - pirater


Les visiteurs de l'exposition « Lénine, Staline et la musique » à la Cité de la musique le savent déjà : le totalitarisme stalinien a utilisé les artistes, depuis la Révolution d'octobre 1917 à la mort du dictateur en 1953. Chacun pourra le vérifier : les studios Mosfilm, dont le nom évoque Moscou, ont donné à l'américain Google l'autorisation de diffuser gratuitement des films soviétiques.

Lassés de voir leurs films téléchargés illégalement, sous i-Tunes notamment, les studios Mosfilm proposent une soixantaine de vidéos en accès libre, en version originale sous-titrée en anglais : « Le but de ce projet est de donner la possibilité au public de regarder légalement des vidéos de qualité et de faire cesser l'utilisation illégale de nos films », a indiqué le directeur général de Mosfilm, Karen Chakhnazarov, à l'AFP.

Le classement est générique : comédies, films d'aventures, mélodrames, drames et films de guerre. Chaque semaine, cinq films seront ajoutés ; deux cents seront disponibles en haute définition à partir de 2012.

Quelques films historiques rappellent que les réalisateurs et les milliers de salariés des studios Mosfilm, créés dans les années 1920, devaient faire rayonner le régime. Pour Lénine, le cinéma était, « de tous les arts, le plus important », et avait pour fonction de donner l'image d'une Russie conquérante, avantagée par une puissance militaire et industrielle. Certaines vidéos incarnent les principes du régime stalinien, et glorifient le travail, l'héroïsme soviétique, la lutte révolutionnaire conquérante, l'idéal communiste et la xénophobie. Cependant, l'optimisme était de rigueur, car pour Staline, la vie sous le réalisme soviétique était « devenue meilleure, plus gaie

Toute une plongée dans l'histoire

Alexandre Nevski d’Eisenstein, réalisé en 1938, est à la gloire du héros mythique slave ; la musique a été composée par Sergueï Prokofiev. La Question russe de 1947 de Mikhail Romm est une critique de l'Occident ; un journaliste américain qui, après un séjour heureux en Russie, retourne aux États-Unis rencontre un éditeur « ennemi du peuple ». Ce dernier donne au journaliste une superbe avance, afin qu'il écrive un livre mensonger contre la société russe ! Le Bonheur juif, d'Alexis Granowsky, réalisé en 1925, a des traits antisémites : un Juif riche refuse de marier sa fille à un autre Juif parce qu'il est pauvre.

La plupart des films présentés sont toutefois postérieurs à la mort de Staline. Mais, si les vidéos sont en couleurs, le ton reste souvent classique, comme l'adaptation du poème de Pouchkine, Rouslan et Ludmila, réalisé par Alexandre Ptouchko en 1972.

Les studios Mosfilm, subventionnés par l’État, sont toujours symbolisés par la sculpture L'Ouvrier et la Kolkhozienne de Véra Moukhina, statue qui avait représenté l'art soviétique à l'Exposition universelle de Paris de 1937.

La film Volga, volga, un navet qui ne cache pas son nom...