Nobel de littérature, proche du pouvoir chinois : Mo Yan décrié

Clément Solym - 13.10.2012

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Mo Yan - prix nobel de littérature - critiques


De nouvelles attaques pleuvent contre le prix de Nobel de littéraire, Mo Yan, décidément très controversé. C'est que les dissidents, pro-démocrates, montent au créneau alors que la presse officielle ne cesse de relayer les messages de congratulations des autorités chinoises.

 

Wei Jingsheng, dissident notoire, estime qu'il était louche que le Nobel se soit lancé dans la copie, à la main, d'une partie de discours de Mao Zedong, dans le cadre d'un ouvrage commémoratif, rapporte l'AFP. Depuis son exil américain, Wei considère que le choix du Nobel est d'autant plus litigieux, « parce qu'il serait toléré plus facilement par le régime communiste ».

 

Et de pointer le comportement du gouvernement chinois, particulièrement suspect, estime-t-il. « On peut dire que ce prix a été accordé pour faire plaisir au régime communiste et qu'il n'est donc pas digne d'intérêt », ajoute Wei, qui a passé 18 années en prison. En 1979, il manifesta son amour pour la liberté, en affichant ses revendications sur le ‘Mur de la démocratie' et emprisonné peu après. 

 

Chai Ling, autre dissidente réfugiée aux États-Unis, qui dénonce dans le livre Grenouille, la position sur la politique de l'enfant unique, et les campagnes de stérilisation qui s'en sont suivies.

 

Un livre salué par les autorités chinoises, allant largement dans son sens. « J'espère que la critique sensée de Mo Yan sur la politique de l'enfant unique aidera d'autres personnes à se rendre compte de l'infanticide contre les filles qu'elle a causé », explique-t-elle dans un communiqué.

 

Mo Yan s'était défendu des attaques sur Mao, précisant que certaines de ses réflexions sur l'art étaient intéressantes. Il a également tenté de faire amende honorable, au lendemain de l'obtention de son prix, en réclamant la libération de Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix et pourtant toujours emprisonné en Chine. 

 

« Parce qu'un écrivain fait partie de la société, la vie qu'il décrit inclut la politique et toute une série de problèmes sociaux. Un écrivain qui s'intéresse à la société, auquel les souffrances des gens tiennent à coeur, doit évidemment être critique », justifiait le Nobel de Littérature, dans un entretien accordé à Dazhong Ribao.

 

Le Monde nuance pourtant ces attaques, évoquant le soutien d'écrivains libéraux et de médias chinois indépendants, en distinguant l'homme et l'oeuvre. Certains n'hésitant pas à ironiser. Ainsi, l'économiste Yu Shenghai, joue sur la signification de Mo Yan, Ne parlez pas. « Notre célèbre écrivain Mo Yan a obtenu le prix Nobel de la littérature de 2012, ce qui suscite un courant "Mo Yan" [ne parlez pas] : "Mo Yan de politique, Mo Yan des affaires civiles, Mo Yan de démocratie, Mo Yan de liberté, Mo Yan de justice..., Mo Yan signifie construisons une société harmonieuse ! »