Numériser ou mourir : briser la tyrannie des contenus gratuits

Clément Solym - 06.07.2008

Culture, Arts et Lettres - Salons - numérique - contenu - livres


The Bookseller avait cette année organisé sa conférence autour du thème 'Digitise or Die', et l'auteur Andrex Keen en a profité pour lancer un défi aux éditeurs : lutter contre la « tyrannie » des contenus gratuits. « L'industrie du contenu est en crise, si vous acceptez de jeter un oeil à ce qui se passe dans la musique et les journaux, ces secteurs ont vraiment été en première ligne d'une tempête fantastique : et tout le problème est que ce contenu est devenu un simple accompagnement de la publicité. »

Un Web 2.0 qui a ruiné la sélection au profit de la quantité

Keen a dernièrement fait paraître un livre : The Cult of the Amateur. Il y décrit des mécanismes simples, qui dégradent la culture en offrant à chacun les outils pour publier du contenu, sans que personne n'ait besoin des compétences pour les sélectionner. Ainsi, l'économie du Web dit 2.0 a profondément déséquilibré la donne, privilégiant des YouTube, par exemple. « Pour les créateurs, c'est une mauvaise passe », ajoute Keen. « Quand vous supprimez les gardiens, tout devient merdique. Les écrivains ne sont pas riches ni célèbres seuls », tout cela parce que l'on supprime les intermédiaires qui ont toujours servi à choisir et nourrir la société en talents.

Cependant, le prochain web - 3.0 ? 25.0 ? 37.5° ? - sera peut-être celui « le combat du retour des éditeurs professionnels ». Car selon lui, les éditeurs devraient se méfier du miroir aux alouettes que peuvent incarner les artifices technologiques, et au contraire s'en servir de simples moyens pour forger des marques et encourager les professionnels à créer des événements directs. « L'avenir n'est plus à la copie, à la vente du livre, mais à la gestion du talent. [...] Et vous devez le nourrir, convaincre les créatifs que vous êtes en mesure de forger leur réputation », lançait-il aux éditeurs.

Privilégier le rapport aux autres

Pour David Warlock, directeur de recherche à Outsell, les éditeurs sont déjà dans le numérique, et doivent se pencher sur l'économie du réseau. « Le changement clef est celui qui s'opère dans notre relation des uns aux autres, pas dans la transformation du format. » Selon ses chiffres, l'industrie du contenu et de l'information a pesé 38 milliards $ en 2007, augmentant de 34 % un montant que l'on redoutait de voir en baisse. « Les possibilités sont plus importantes que les obstacles pour les éditeurs de contenu » ajoute-t-il, prévoyant que les services d'Impression à la Demande, ou numériques seront les modèles économiques du futur.

Google : pour le complément numérique

Cependant, intervenu pour Google Search Books, Jason Hanley a souligné que le numérique avait, selon lui, plus de chance de compléter l'offre papier que de la remplacer. Il cite ainsi le moteur de recherche de livres, sur lequel 80 % des utilisateurs recherchent un contenu dans le livre plus que le livre lui-même.


Numériser ou mourir ? Numériser tout court.