Odéon, Comédie-Française, CDN... Les intermittents occupent les institutions théâtrales

Joséphine Leroy - 27.04.2016

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Depuis dimanche, la révolte des intermittents se fait entendre dans la capitale. Ils ont tour à tour investi le théâtre de l’Odéon puis la Comédie française pour se plaindre de la tournure des négociations concernant le régime d’assurance chômage, une garantie de protection en danger selon eux. La CIP (Coordination des intermittents et précaires) avait appelé dès mardi à poursuivre l’occupation au théâtre de l’Odéon. Il pourrait en être de même pour la Comédie-Française. 

 

Comedie Française

(photo d'illustration, Mark Turner / CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Hier soir, mardi 26 avril, les intermittents étaient donc sur deux fronts : ils auraient empêché la représentation de Phèdre(s) avec Isabelle Huppert puis perturbé celle de Denis Podalydès, avec Guillaume Gallienne — une adaptation de Lucrèce Borgia, de Victor Hugo. Le théâtre de l’Odéon et la Comédie-Française se sont tous deux transformés en lieux de manifestation. 

 

Mais si la direction de l’Odéon a justifié l’annulation de la représentation de Phèdre(s) mardi soir, les intermittents nient leur version. Dans le communiqué, la direction écrit : « A l’initiative de plusieurs organisations et de la coordination nationale des intermittents du spectacle, un appel à manifester mardi 26 avril devant l’Odéon et à perturber la représentation de Phèdre(s) a été lancé. » Pour les intermittents, il n’était pas question de faire annuler la représentation. Il s’agissait de faire passer un message sur scène. Comme le rapporte l’AFP, les intermittents ont répondu au communiqué : « Nous avons demandé à prendre la parole avant le début de la représentation, mais cela nous a été refusé dès la fin de la matinée. » 

 

Mobilisation Comédie-Française

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

 

Pas d'interruption en vue

 

Les négociations n’avançant pas, le mouvement n’est pas près de s’éteindre. À l’inverse, il semble fédérer de plus en plus : étudiants, chômeurs, intermittents, tous se mobilisent contre ce qu’ils considèrent être une atteinte à la protection des intermittents. Si l’on se souvient des interruptions traditionnelles de cérémonies par les intermittents à l’image des temps d’antenne pris lors de la cérémonie des César, la révolte prend une tout autre ampleur aujourd’hui. On compte actuellement une cinquantaine d’occupants sur la terrasse de l’Odéon. Même nombre à la Comédie-Française. À l'Odéon, ils sont en place depuis dimanche et n’ont pour le moment pas la moindre intention de quitter les lieux. Les manifestants de la Nuit Debout, place de la République, viennent d’ailleurs les rejoindre par solidarité.

 

Les affrontements avec les CRS (gaz lacrymogènes, coups de matraque) n’arrangent en rien la situation. Néanmoins, pour Stéphane Braunschweig, le directeur de l’Odéon, rien ne justifie que l’on bloque une représentation. Celui-ci estime que « tout en déplorant les incidents de la veille au soir, [il] ne peut accepter qu’un spectacle ne puisse être joué que sous la protection des forces de l’ordre », transmet la direction du théâtre. 

 

 

Mobilisation Comédie-Française

(ActuaLitté / CC BY-SA 2.0)

 

Après avoir déposé un préavis de grève à compter de ce jeudi 28 avril, les syndicats n’en démordent pas. Ils veulent que les négociations soient plus transparentes : « Il nous manque encore deux choses pour parvenir à un accord. D’abord les éléments chiffrés qui nous permettront de savoir qui est touché par telle ou telle mesure, positivement ou négativement », fait savoir la Fédération CGT-Spectacle. Dans un communiqué, les intermittents qui occupent la Comédie-Française informent qu’une dizaine de théâtres sont actuellement occupés : « Nous nous inscrivons dans la vague coordonnée d’occupations de théâtres en cours : les Théâtres nationaux de l’Odéon et de Strasbourg, les Centres dramatiques nationaux de Bordeaux, Rennes, Caen, Lille, Toulouse, Grenoble et Montpellier. »  

 

Obtiendront-ils gain de cause ? Les syndicats sont invités au ministère du Travail à 16h aujourd'hui. Denis Garvouil, le secrétaire général de la CGT-Spectacle, prévient : « On veut arriver à un accord équilibré. Il faut que les employeurs prennent leur part de responsabilité. » La CGT et la CIP tapent du poing sur la table et menacent d’intervenir prochainement dans des festivals.