Oulipo, la littérature en jeu(x) : l'exposition potentielle

Cécile Mazin - 21.10.2014

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Oulipo littérature contraintes - BnF exposition - Raymond Queneau


Ériger la contrainte comme mode de création littéraire, tel est le projet de l'Ouvroir de littérature potentielle, créé en 1960 par François Le Lionnais et Raymond Queneau. Pour la première fois, l'Oulipo fait l'objet d'une rétrospective à Paris : de la constitution du groupe aux contraintes utilisées et aux œuvres produites, la BnF présente plus de 300 documents, dont de nombreux inédits. Ces pièces permettront d'évoquer cette aventure littéraire dont les membres, comme Georges Perec ou Italo Calvino, marient les mathématiques à la littérature pour mieux en explorer les potentialités.

 

 

 

Groupe littéraire français le plus ancien du champ contemporain, l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) travaille depuis 1960, réunion après réunion, publication après publication, à une refondation de la littérature à l'aide de contraintes d'écriture souvent inspirées des structures mathématiques et ludiques. Suivi de près par des amateurs fidèles, connu des amoureux de jeux de langage comme des auditeurs des « Papous dans la tête » de France Culture, largement exploité par les enseignants pour leurs classes, l'Oulipo demeure toutefois relativement inconnu du grand public.

 

Or, précurseur dans certains domaines (l'écriture avec « procédures », la littérature hypertextuelle, etc.), il a inspiré nombre d'écrivains et d'artistes contemporains, non seulement en France mais aussi dans le reste de l'Europe et aux États-Unis, marquant ainsi durablement son époque. Cette exposition vise à faire découvrir l'histoire d'un groupe à la fois ancien et toujours actif, notamment grâce au renouvellement de ses membres.

 

Par son parcours, elle permet de pénétrer les arcanes d'un fonctionnement encore teinté d'une aura de mystère. La vie collective oulipienne, d'abord très liée au Collège de ‘Pataphysique puis de plus en plus autonome, y est dévoilée par des documents issus des archives du groupe, déposées à la Bibliothèque de l'Arsenal. Comptes rendus de réunion, lettres pleines d'humour et photographies du groupe témoignent de cette vie intime de l'Oulipo.

 

L'exposition permet aussi d'observer, à différentes échelles, les étapes d'une création aux contours multiples (manuscrits, publications), dont les auteurs les plus connus, comme Raymond Queneau ou Georges Perec, font l'objet de vitrines spécifiques : sont exposés par exemple des extraits du manuscrit spectaculaire de La Vie mode d'emploi. On voit comment la contrainte d'écriture agit en amont de l'œuvre oulipienne, générant des graphes mathématiques, des tableaux préparatoires et autres fascinants jeux textuels (anagrammes, palindromes, S+7...) que l'on retrouve parfois dans l'œuvre publiée.

 

En parallèle, c'est aussi le travail des autres groupes associés qui est montré ici, ceux que l'on appelle de façon générique les Ou-X-Pos, où le X peut être remplacé par la première syllabe d'un domaine – comme « pein » ou « ba », pour ne citer que les Ouvroirs les plus connus (OuPeinPo et OuBaPo). Des strips de bande dessinée côtoient donc des tableaux, des installations, ou des mini-maquettes de théâtre, et viennent s'ajouter aux dispositifs interactifs créés pour l'occasion et disposés tout au long de l'exposition, invitant les visiteurs à jouer à leur tour avec les mots, les lettres et le langage à la manière de l'Oulipo. 

 

 

 

 

En 2005-2006, le fonds Oulipo, jusqu'alors hébergé chez Marcel Bénabou (le « Secrétaire Définiti- vement Provisoire »), fut mis en dépôt à la Bibliothèque de l'Arsenal : une collection importante de livres, de périodiques et de boîtes d'archives manuscrites et dactylographiées, constituée par les se- crétaires successifs depuis le début de la vie du groupe (1960), et complètement inconnue du public. Elle vint rejoindre les fonds d'oulipiens qui y étaient déjà présents : celui de Georges Perec (fonds privé et fonds de l'Association Georges Perec, à l'Arsenal depuis 1983), et ceux, donnés à la BnF, de Jacques Jouet (dons réguliers depuis 1999), Noël Arnaud (depuis 2003), Jacques Bens (2004). Les liens entre l'Arsenal et l'Oulipo continuent à se nouer puisque certains fonds ont été ajoutés depuis : celui de François Caradec (2009) et plus récemment celui de Paul Fournel, actuel président du groupe (2014).

 

 

En 2010, de nombreuses festivités célébraient les cinquante ans du groupe. Il était temps que la BnF, qui l'accueille depuis 2005 pour des lectures mensuelles au Grand auditorium (site François- Mitterrand), le célèbre à son tour en présentant les nombreuses archives d'oulipiens qui sont dans ses murs. Les membres du groupe et leurs proches ont complété ces collections en prêtant de nombreuses pièces, de même que d'autres institutions telles que l'IMEC, la Cité internationale de la Bande Dessinée, la Bibliothèque municipale de Reims et celle du Havre, ou le London Pataphysical Museum. 

 

L'exposition commencera le 18 novembre, jusqu'au 15 février 2015.