Papa, le biopic sur Hemingway qui brise l'embargo US de Cuba

Clément Solym - 09.05.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Ernest Hemingway - biopic - Cuba


Papa, de son petit surnom, était journaliste à Cuba dans les turbulentes années 50. Et c'est d'ailleurs le nom qui a été donné au biopic tourné actuellement dans les rues de La Havane, le premier long-métrage tourné par Hollywood depuis 1959, assurent les producteurs. Adrian Sparks incarne Ernest Hemingway, et le film repose sur le scénario autobiographique écrit par Denne Bart Peticlerc. 

 

 

 

Du rhum, du soleil, la plage, et la pêche : c'est à peu près toutes les choses qu'Hemingway put faire durant son séjour à Cuba, et la production de ce film découle d'une coopération entre le Canada, Cuba et les États-Unis. Pour sa réalisation, ce sont donc les mémoires de Petitclerc qui ont servi, racontant l'amitié qu'il a pu entretenir avec le romancier. 

 

Ce qui détonne, c'est qu'un embargo pèse toujours sur l'île, et aurait logiquement empêché de parvenir à réaliser ce tournage. Mais c'est en s'appuyant sur un classement non pas dans la fiction, mais dans la catégorie documentaire que les équipes sont parvenues à contourner les contraintes. Après tout, le film repose sur une histoire vraie…

 

Bob Yari, le réalisateur a reçu une autorisation spéciale du Département du trésor américain, qui ont exempté le film Papa de toutes les restrictions imposées par l'embargo de Cuba. Mais les producteurs ne s'en sont pour autant pas sorti aussi facilement : les contrôles furent multiples et épuisants. Et techniquement, le manque d'accès à internet n'a pas non plus facilité les choses. 

 

« Hemingway fut probablement le plus important américain à faire de Cuba sa maison, et je pense que les gens de Cuba, depuis ce jour, l'ont chéri et aimé. J'espère que ce film sera une pierre supplémentaire, pour combler ce fossé entre les deux cultures et les deux peuples qui ont pris chacun leur voie », explique-t-il à l'AP.

 

 

 

Il est vrai que la protection de l'héritage d'Hemingway a été l'une des rares occasions de collaboration entre les États-Unis et Cuba, au fil des ans. Cette adoration mutuelle pour la personnalité de l'écrivain explique certainement les raisons pour lesquelles le film a pu être autorisé. 

 

Petitclerc travaillait, dans les années 50, pour le Miami Herald, et avait écrit une lettre à Hemingway, pour lui dire toute son admiration. La lettre ne fut jamais envoyée, et sa petite amie de l'époque la rangea soigneusement. Et un beau jour, le journaliste reçoit un coup de fil. « Belle lettre, gamin. Vous aimez le poisson ? » Il crut tout d'abord à une farce de l'un de ses amis, avant de comprendre qu'il s'agissait réellement d'Ernest. Leur amitié durera jusqu'en 1961, date du suicide de l'écrivain.

 

Hemingway vécut durant une vingtaine d'années sur l'île et écrivit plusieurs de ses oeuvres majeures. Le tournage, mouvementé donc, s'est achevé la semaine passée.