Paris : L'Autre livre annulé à cause d'une "poignée de crétins sanguinaires"

Nicolas Gary - 14.11.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - éditeurs indépendants - attentats Paris - kamikazes France


Conformément aux consignes données par la Ville de Paris, les manifestations sont annulées et les bibliothèques fermées. Les organisateurs de la manifestation dédiée aux éditeurs indépendants, L’autre livre, qui avait été inaugurée hier aux Blancs Manteaux, ancien marché couvert du IVᵉ arrondissement, dans Le Marais​, ne pourra pas se tenir. « Nous sommes contraints d’annuler », nous avaient confirmé les organisateurs, dans un premier temps.

 

 

 

Le décret adopté hier au cours du conseil des ministres a déclaré « l’État d’urgence », avec pour prise d’effet immédiat. « Il permet notamment d’interdire la circulation des personnes et d’instituer des zones de protection et de sécurité », précise l’Élysée dans un communiqué. Selon les premiers éléments chiffrés, les six attaques qui ont frappé Paris auraient provoqué la mort de plus de 120 personnes et engendré près de 200 blessés, dont bon nombres très sérieux.

 

Les organisateurs de la manifestation L'Autre livre ont fait parvenir un message, pour annoncer que l’événement ne se tiendrait pas.

 

En raison des actes de terrorisme perpétrés hier à Paris, le Salon n’ouvrira pas ses portes aujourd’hui ni demain.

Nous devions célébrer une nouvelle fois, l’intelligence, la beauté et l’amour. Nous sommes contraints d’y renoncer à cause d’une poignée de crétins sanguinaires.

Mais l’édition indépendante ne baisse pas les bras et continuera de porter haut la liberté de l’esprit, de la parole et de l’écrit.

 

 

Contactés par ActuaLitté directement, les organisateurs précisent que « le Commissaire général du Salon, Éric Maclos, est sur place, et accueille uniquement les exposants. En pratique, pour nous, c’est la fin du Salon, et nous demandons aux éditeurs présents de remballer. On nous a signifié par arrêté préfectoral que les manifestations de ce type étaient interdites d’ouverture, et il nous faut obéir ».

 

"C’est l’un des enjeux, indirectement ou non, de ces attaques : des gens qui aimeraient museler toute possibilité d’indépendance de la pensée et de l’esprit, par la terreur."

 

 

« De toute manière, il aurait été très compliqué... non, il aurait été indécent d’ouvrir. Notre position reste la même : ne céder ni à la peur ni à quoi que ce soit. Par réaction de solidarité pour les victimes et leurs familles, que ce drame a frappées, c’est la meilleure solution. »

 

Même si les attentats perpétrés ne sont pas directement reliés aux motivations qui poussèrent l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier dernier, L’Autre livre se déclare « particulièrement concerné et frappé, compte tenu de nos positions sur la liberté d’expression, et le droit à l’écriture. C’est l’un des enjeux, indirectement ou non, de ces attaques : des gens qui aimeraient museler toute possibilité d’indépendance de la pensée et de l’esprit, par la terreur. »

 

« Nous restons fermes sur ces points, et, je le répète, par solidarité et parce que l’arrêté est intervenu, nous annulons la manifestation. Mais nous n’entendons céder à aucun mouvement de panique : de nouveaux événements sont prévus pour le mois de décembre et de janvier, qu’il n’est pas question d’annuler. »

 

La France compte 3000 éditeurs indépendants, représentant 25 % de la production de livres publiés, rappelait le président de l’association, Gérard Cherbonnier. « L’Autre livre reçoit des éditeurs qui viennent de tout le territoire, et cela va être très compliqué dans les prochaines heures. »

 

Le président du Centre national du livre, Vincent Monadé, joint par téléphone déplore « l’horreur » de ces événements. « Il ne faut pas céder, réaffirmer nos valeurs, refuser la peur. Et penser à tous les musulmans de France qui vivent la même horreur que nous. »

 

Cela, et la déception, qui se mêlent à la tristesse et la révolte qui ont saisi le pays.

 

Pour joindre la préfecture de police et communiquer des éléments  d'information : 0800 40 60 05. Pour les appels à témoins : 01.77.72.06.14 ou 01.77.72.06.16 ou 01.77.72.06.17.