Paroles de Goncourt : les Académiciens se confient au Livre sur la Place

Antoine Oury - 15.09.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - Académie Goncourt - Bernard Pivot - Livre sur la Place


Ils sont 6 et possèdent (au moins) un super-pouvoir. Pas les X-Men, ni les Avengers. Leur pouvoir : celui de mobiliser pendant quelques heures par an les médias, l'attention professionnelle et publique vers le livre. 6 des 10 membres de l'Académie Goncourt ont fait le déplacement jusque Nancy, pour une rencontre dans le cadre du Livre sur la Place.

 

 

De gauche à droite : Philippe Claudel, Tahar Ben Jelloun, Didier Decoin, Paule Constant, Patrick Rambaud, Bernard Pivot. De dos : François Rossinot 

 

 

Le Goncourt : ses milliers de ventes, ses bandeaux flamboyants et ses auteurs soudain atteints d'ulcère. Car, bien que précédés par leur réputation, il faut se souvenir que les membres de l'Académie Goncourt ont tous vécus l'attente du verdict à sortir de chez Drouant. Et, comme il est possible de le deviner, c'est souvent l'éditeur qui fait le stress du prix littéraire...

 

Une situation que Patrick Rambaud compare à un film de Dino Risi : lauréat du Grand Prix de l'Académie Française et du Goncourt la même année, en 1997, l'auteur se souvient du choix cornélien qui s'imposait à lui : refuser l'Académie française et tenter le Goncourt (ce dernier génère plus de ventes), sans savoir si cette dernière récompense lui serait attribuée...

 

 

 

 

Finalement, au moment où Rambaud apprendra que le Goncourt lui revient, il lâchera simplement à son éditeur, Jean-Claude Fasquelle : « Je suis content pour toi. »

 

 Philippe Claudel, pour sa part, a vu apparaître et se maintenir dans les listes du Goncourt deux de ses romans, Les âmes grises (2003) et Le Rapport de Brodeck (2007, obtenu), avant d'y entrer au titre de membre début 2012. Il se souvient de Jean-Marc Roberts :

Jean-Marc, à chaque rentrée, était dans une excitation enfantine, qui avait en même temps quelque chose de celle du joueur de poker... Je peux le dire maintenant que je suis dans l'Académie, je n'en avais absolument rien à foutre du Goncourt. Mais lui, il était au restaurant, il attendait le coup de fil de Didier ou d'un autre : de voir un éditeur défendre jusqu'au bout un livre pour lequel il avait cru, c'était incroyable.

D'autres gardent des souvenirs moins émus de leur victoire, comme Paule Constant, qui a par ailleurs rejoint l'Académie en début d'année. En 1998, elle vit l'enfer, en remportant le Goncourt. "Face à" un certain Michel Houellebecq.

 

 

 

 

Le rôle des médias sur le résultat et la portée du prix sont finalement moindres : d'une, ils n'ont que très peu d'influence sur les membres de l'Académie (seul Pivot consulte les avis de ses confrères dans la presse), et de deux, ils s'intéressent surtout au livre qu'ils ont choisi de mettre en valeur. D'ailleurs, c'est encore Bernard Pivot qui a proposé la remise du prix à 12 heures 45, pour que les journaux de 13 heures puissent annoncer le verdict.

 

 Après un été complet passé en compagnie des livres de la rentrée littéraire, le comble serait de se faire dicter son avis par la presse : à propos de Christine Angot, Tahar Ben Jellouns ne s'est pas laissé avoir par le raout médiatique. Il faut les imaginer à la sortie de l'été, les Académiciens, endurcis par deux mois de transport de livres :

 

 

 

 

Bernard Pivot a trouvé une solution qui en vaut bien une autre : « Il y a des livres que j'abandonne, pour les remplacer par des bouteilles de vin. »

 

 

 

 

Si la rentrée de cette année est très belle d'après les jurés, eux-mêmes affirment ne pas savoir quel livre sera le Goncourt 2013. Sur Ferrari, lauréat de l'année dernière, Didier Decoin a gardé quelques doutes, et des regrets pour Joël Dicker dont il préférait le roman. Pour Pivot, l'Académie devrait récompenser Emmanuel Carrère, pour son oeuvre « plutôt que pour un livre sorti comme ça, début septembre ».

 

Les fameuses fiches de lecture ajoutent un peu plus de matière à cette somme de lectures, selon l'avis de Bernard Pivot. Mais « ils vont se calmer, c'est parce qu'ils sont nouveaux. On peut tout à fait dire ce qu'on pense d'un livre en 3 ou 4 lignes ». Et même décider des tirages avec une seule récompense...