Pierre Tchernia : ami de Goscinny et Gotlib, Monsieur Cinéma est mort

Florent D. - 08.10.2016

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Metteur en scène, Pierre Tchernia est connu pour son travail tant au cinéma que pour la télévision. Son agent a annoncé la mort de cet homme d’images et de mots. À l’âge de 88 ans, il emporte avec lui toute une époque.

 

Pierre Tcherni - Christian D'AUFIN, CC BY SA 2.0

 

 

Selon l’ancien président du Festival de Cannes, Pierre Tchernia, né Tcherniakowski, a « rendu le grand public cinéphile, sans qu’il s’en aperçoive » (via AFP). Ayant pris part à la création du premier journal télé de l’ORTF, il monta à partir de 1966 des émissions dédiées au cinéma – Monsieur Cinéma ou Mardi cinéma. À ce titre, il fut littéralement l’un des pionniers de l’aventure télévisuelle française.

 

Pierre Tchernia était un monument de la télévision et du septième art qui aimait marier la culture et le divertissement. Colosse à l’allure bonhomme, il avait tenu tous les postes, à la radio, derrière la caméra et devant, au cinéma comme sur le petit écran. Figure familière et aimée des Français, son sourire et sa voix aussi marquent nos mémoires. (Audrey Azoulay)

 

 

Dans son œuvre de mise en scène, il travailla notamment sur des romans de Marce Aymé – cinq films en découlent, comme Le Passe-murailles ou encore Héloïse, entre 1977 et 1991. L’huissier sera son dernier film tiré des livres d’Aymé, pour lesquels il intervint souvent comme scénariste. 

 

Auteur lui-même de deux livres, Mon petit bonhomme de chemin, paru chez Stock en 1975 et Magic-Ciné, chez Fayard en 2003, il fut proche d’auteurs comme Goscinny et Gotlib. Avec le premier, il avait reçu un prix du Festival de la Rose d’Or de Montreux en 1966 pour L’Arroseur arrosé, qui rendait hommage aux frères Lumières. Un documentaire humoristique signé avec Goscinny et Jean Marsan. 

 

C’est encore avec Goscinny qu’il coécrivit le scénario du film de 1972, Le Viager, son premier long-métrage réunissant une pléiade de stars. Les deux compères renouvelèrent l’expérience avec Les Gaspards, deux années plus tard. 

 

Dès les premiers temps, Tchernia se retrouvera d’ailleurs croqué dans les BD d’Astérix par Albert Uderzo. D’abord une double apparition rapide dans Astérix Légionnaire, puis vinrent de nouvelles récurrences. 

 

 

Astérix deviendra alors un compagnon de route. « Les auteurs en jouent du reste pour annoncer leurs nouvelles aventures dans les pages de Pilote (“Lectio omnibus” parodiant Pierre Desgraupes pour annoncer Astérix chez les Bretons, pastiche de Monsieur Cinéma de Pierre Tchernia pour annoncer Astérix chez les Helvètes) », rappelait la BnF lors de son exposition dédiée à Astérix et Obelix.

 

C’est ainsi qu’il prendra part à différentes adaptations d’album en animation, en prêtant sa voix, mais plus encore dans le film d’Alain Chabat, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Il apparaîtra sous le costume d’un légionnaire, mais prend également les commandes de la voix off.

 

C’est toujours avec Goscinny, qui est alors scénariste de Morris pour les BD de Lucky Luke, qu’il travaillera, tout à la fois à la réalisation et au scénario pour le long-métrage Lucky Luke : Daisy Town. Certains rapprochent d’ailleurs le scénario de La Ballade des Dalton, publié en 1978, du scénario du film Le Viager. Une histoire de morts dans les deux cas : la mort d’un oncle pour toucher un héritage chez Lucky Luke, la mort d’un crédirentier qui ne veut pas mourir dans Le Viager...

 

Gotlib le passera également au crible de ses dessins, dans les Rubrique-à-brac, notamment à travers les enquêtes du Commissaire Bougret et son adjoint Charolles. 

 

 

 

Tous deux avaient déjà travaillé au Viager, puis dans un autre film où Gotlib sera scénariste, Bonjour l’angoisse, en 1988. 

 

Ses liens avec la bande dessinée – plus indirectement – se prolongeaient d’ailleurs dans sa collaboration avec les studios Disney : il assurait en effet la narration d’histoires pour le label Le Petit menestrel, reprenant des films de Disney. Il remettra d’ailleurs, au nom de la Walt Disney Company, un Mickey d’honneur au créateur de... Tintin, Hergé tout bonnement, en 1979.