Pour le prix Nobel de littérature, la nationalité n'importe pas !

Clément Solym - 14.04.2011

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - nobel - litterature - nationalité


Il n'existe aucune discrimination tournée contre les auteurs américains, et dont bénéficieraient alors les auteurs d'Europe, vient d'assurer un des membres du jury de la célèbre et respectable académie suédoise. Le Nobel est un prix qui ne se préoccupe pas de nationalité, qu'on se le tienne pour dit !

En tout cas, pour le poète Kjell Espmark, juré du Nobel de littérature, assure que pour lui, comme pour ses confrères, ces questions n'ont pas lieu d'être. Mais voilà, en octobre 2008, le secrétaire permanent, Horace Engdahl, avait déclaré que les Européens avaient dans la plume quelque chose de plus universel que leurs camarades d'outre-Atlantique, rapporte l'Associated Press.


Qui eux, faisaient preuve d'une écriture trop insulaire, trop égocentrique. Et le successeur d'Horace, en 2009, Peter Englund, avait lui-même manifesté quelques inquiétudes, quant au fait que le prix soit un peu trop eurocentré. Ça faisait beaucoup, surtout après le tollé déclenché par Horace, au point qu'il ait dû démissionner deux mois plus tard. « Les USA sont trop isolés, trop insulaires », avait expliqué Horace, pour qui les auteurs « ne participent pas au dialogue littéraire. Cette ignorance est restrictive ».

Un universitaire américain lui avait répondu sa pensée, un peu brut décoffrage : « La bonne réponse à Engdahl est un mot conçu en Amérique, mais universellement connu : bullshit. » Des conneries.(notre actualitté)

D'ailleurs, si l'on observe bien la liste des 20 dernières nominations, on n'y retrouve que Toni Morrison, en 1933, contre onze écrivains originaires d'Europe - parmi lesquels Le Clezio, Günter Grass ou Harold Pinter. Ce qui tendrait à confirmer les doutes que certains entretiendraient.

Un réel problème de traduction

Mais Espmark souhaiterait surtout rétablir la réalité de l'entretien qui eut alors lieu. Parce que les propos rapportés d'Horace laissaient bien croire que les Américains étaient un brin bornés - alors qu'il voulait en fait dire que très peu de littérature traduite est lue aux États-Unis. Et donc, finalement, le lectorat n'est pas en mesure de se faire une idée de ce qui est écrit en dehors du territoire.

Une faible quantité d'oeuvres produites, qui, pour le cas français, selon une étude du MOTif, n'était pas vraiment reluisant. « L'engouement pour les traductions n'est pas spontané. On prend ce que le marché offre. Mais la découverte d'auteurs étrangers, cela passe par une pédagogie - et le déclin de l'enseignement du français en cours participe au manque d'intérêt des lecteurs, si l'on peut dire. À ce titre, les universités et les enseignants ont un rôle prescripteur essentiel, qui permet depuis longtemps, de pouvoir faire découvrir. » (notre actualitté)

Bon, mais que le public ne lise que peu d'oeuvres étrangères, cela à quoi à voir avec les choix de l'Académie Nobel ?