Pourquoi le Théâtre de la Huchette, à Paris, joue Ionesco depuis 60 ans

Bouder Robin - 17.05.2017

Culture, Arts et Lettres - Théatre - spectacle ionesco 60 ans - théâtre de la huchette - Ionesco Huchette


Le spectacle Ionesco, composé des pièces La cantatrice chauve et La leçon, est joué du mardi au samedi au théâtre de la Huchette, depuis 1957, sans interruption. Tous les lundis du mois de mai, le théâtre présente une exposition retraçant son histoire et fait visiter ses coulisses au public. Nous avons rencontré à cette occasion Franck Desmedt, directeur du théâtre.

 


Franck Desmedt, directeur du Théâtre de la Huchette (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Le spectacle Ionesco fête ses 60 ans cette année, mais n'a pas pris une ride. Au contraire, c'est un public de plus en plus large qui assiste à La Cantatrice chauve et La Leçon, deux pièces emblématiques d'Eugène Ionesco qui se jouent tous les soirs – ou presque – au théâtre de la Huchette. « Nous avons fêté la 18 500e représentation du spectacle », explique avec fierté Franck Desmedt, qui a repris la direction du théâtre il y a 2 ans.

 

Un chiffre impressionnant, d'autant plus lorsqu'on sait que Ionesco ne manquait pas de détracteurs dans ses premières années. « Au départ, le metteur en scène Nicolas Bataille voulait faire de La Cantatrice chauve une comédie, mais ça ne fonctionnait pas. Puis il l'a repris en le jouant de façon dramatique, sérieuse, et l'effet est devenu plus dérisoire. »

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

 

Seulement, à son lancement en 1950, le succès n'est pas flagrant. Les journalistes publient des critiques assassines ; même le critique Jean-Jacques Gautier, nous explique Franck Desmedt, n'apprécie pas la pièce. Ce n'est que quelques années plus tard, alors qu'une nouvelle chance est donnée à Ionesco, que la donne change.

 

En 1957, le théâtre de la Huchette, tout juste acquis par Marcel Pinard, monte un spectacle, composé de La Cantatrice chauve, toujours mise en scène par Nicolas Bataille, et La Leçon, mise en scène par Marcel Cuvelier. Les pièces trouvent miraculeusement leur public – et ne l'ont pas perdu, loin de là, en 60 années de représentations.

 

« Il y a des grands-parents qui amènent leurs petits-enfants, des curieux et des amateurs de théâtre confirmés qui viennent voir le spectacle à la Huchette, et la mise en scène originale des deux pièces », explique Franck Desmedt. Un public hétéroclite, et pas seulement en France. « Nous partons régulièrement en tournée à l'étranger. Cette année, c'est en Roumanie ! »

 

Catherine Day (La bonne) et Guy Moign (M. Martin) (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Et pour soulager le travail de la troupe, pas moins de 45 comédiens se relaient pour les 9 rôles au total de La Cantatrice chauve et La Leçon. 5 acteurs pour chaque rôle, dont certains sont là depuis quelques décennies déjà, comme Catherine Day, qui est arrivée dans le spectacle en 1981, ou Guy Moign, présent depuis 1983. « C'est comme une grande famille », raconte Catherine Day, interprète de la bonne dans chacune des deux pièces. « On change de personnage de temps à autre, ça évite que l'on s'enferme dans un rôle. »
 

Plus encore que les acteurs, les accessoires et la loge sont historiques. Des parties du théâtre que le public peut visiter gratuitement, tous les lundis du mois de mai, à l'occasion des 60 ans du spectacle. Mais ce n'est pas la seule nouveauté : « Au mois de mars, nous avions la nuit absurde, où nous avons joué les deux pièces pendant 24 heures d'affilée ; en avril, nous avons présenté des travaux du collège de pataphysique ; cet été, nous allons peut-être nous associer à un grand nom de la mode pour relooker un peu le décor... », nous glisse Franck Desmedt.

 

Autant de manières de fêter dignement un succès mérité. Ionesco, fondateur du mouvement absurde, est devenu selon les mots du directeur « une institution » étudiée partout. Le spectacle se joue du mardi au samedi à 19h, suivi à 21h d'une troisième pièce, qui elle varie : en ce moment, L'écume des jours, adapté de Boris Vian par Paul Emond et mis en scène par Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps.