Proust ? Jamais lu... alors on regarde le film

Clément Solym - 21.03.2011

Culture, Arts et Lettres - Expositions - proust - recherche - téléfilm


Il y a quelques mois, passait sur France 2 un téléfilm réalisé par Nina Companeez, qui mettait en scène La Recherche du temps perdu de Marcel Proust. (notre actualitte)

Dans l’assistance, beaucoup n’avaient pas lu l’œuvre, « alors on a regardé le film » pour améliorer sa culture. D’autres ont eu envie de (re)lire le livre en voyant le film. Tous s’accordent pour dire que Nina Companeez porte un regard nouveau sur Proust, plus adapté à la société contemporaine. D’un autre côté, il n’est pas difficile de faire du neuf pour un public non renseigné (Hum !).

Après ce premier avis du public, Nina Companeez a parlé de son travail : « Pour le rôle du narrateur (qui n’est pas Proust, rappelons-le), je voulais un acteur original, hors norme, pas joli garçon comme dans toutes les séries. Il me fallait un personnage dérangeant, à la fois drôle et qui voit tout. ».


«J’ai beaucoup lu sur Proust et sur la recherche. Il était d’ailleurs un personnage bavard et brillant, contrairement au narrateur dans le livre, timide, observateur… ces recherches documentaires m’ont pris presque deux ans. »

Adapter Proust ?

Nina Companeez n’est pas la première réalisatrice à travailler sur la Recherche. Visconti lui-même avait envisagé une adaptation, projet qui avait malheureusement avorté. Il est vrai qu’il est très difficile d’adapter une œuvre aussi riche sans l’amputer. Pour faire tenir les sept tomes de La Recherche en deux fois deux heures de film, Companeez a dû faire des choix : « Je n’ai pas gardé Un amour de Swann, d’une part parce qu’il a eu son propre film, d’autre part parce que c’est une histoire a part, dans l’œuvre. » Elle a décidé de recentrer l’intrigue sur le narrateur et de le mettre en scène déjà jeune homme, faisant apparaître son enfance uniquement dans les flashs back.

« J’ai aussi mis l’accent sur l’humour, la drôlerie de Proust. Je suis contente, car cela a été vu par la critique. Les gens n’imaginent pas que Proust peut-être un auteur comique mais il l’est. » Personnellement, nous n’en doutions pas.

Comique mais non moins sérieux


Nous l'avons interrogée : « Comment avez-vous mis en scène la théorie littéraire fondamentale que contient la Recherche, en ce qui concerne l’épiphanie, par exemple ? »

Elle explique s’être servie d’effets spéciaux pour reproduire certaines visions de l’auteur, ce qu’on appelle « Les sensations proustiennes ». Mais, plus simplement, c’est l’usage de la voix-off qui permet un aperçu des réflexions littéraires de l’écrivain. « Il était hors de question pour moi de mettre de l’image sans le texte. Pour représenter l’œuvre de Proust, ça n’aurait aucun intérêt. » Ce choix a été critiqué, mais la réalisatrice y tient.


« Le téléfilm a été bien accueilli par la presse, mais avez-vous eu des retour de la critique littéraire ? »

Pierre Assouline a été le premier à écrire un article, répond-elle. Suivi par Raphael Enthoven, qui a lui aussi beaucoup apprécié. Bien sûr, les spécialistes ont regretté qu’elle ne représente pas l’œuvre dans son intégralité, mais il fallait faire des choix et pour ceux qui veulent combler ces manques elle renvoie au texte: « Je vous rassure, les livres de Proust existent toujours ! ». Du côté des proustiens, « le plus sévère a été Antoine Compagnon, qui est professeur au Collège de France. Il a trouvé que je faisais du racolage en montrant les scènes les plus choquantes, en insistant sur l’homosexualité ou sur les choses un peu trash. Mais c’est présent dans le livre. »

On ne peut qu’approuver, se souvenant bien de cette scène de flagellation très détaillée où l’on observe par une porte entrouverte, le vieux Baron de Charlus enchaîné sur un lit, se faire fouetter par un jeune éphèbe dans un bordel gay. (Oui, ceux qui n’ont pas lu la Recherche pourraient être surpris, ce n’est pas pour rien qu’un des tomes s’intitule Sodome et Gomorrhe…)

En parlant de Charlus…

L’acteur Didier Sandre, tenant le rôle du Baron était également présent. Il explique qu’il n’a pas cherché à incarner le personnage, ni même à lui ressembler, mais seulement à le composer. « Je n’ai pas voulu me prendre pour Charlus, mais raconter Charlus. »

En guise de conclusion, Nina Comparez nous met en garde : « Il faut profiter de ce téléfilm et l’apprécier car on est pas prêts de revoir quelque chose comme cela sur les chaînes publiques. » Elle explique que l’audience pour les fictions culturelles baisse beaucoup. « Peut-être que moins de gens ont envie de culture… »

Triste constat. En vue duquel on ne peut que conseiller de regarder le téléfilm de Nina Comparez, mais surtout de lire et relire la Recherche !