Quand la BBC adapte Guerre et Paix, ça vire au Tolstoï Story ?

Cécile Mazin - 30.11.2015

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Guerre Paix - Tolstoi Russie - adaptation série


Toute la littérature russe classique tient dans ce chef d’œuvre de Tolstoï : Guerre et Paix. Ce cher Léon a ouvert un nouveau pan dans la fiction, en ouvrant de nouveaux codes, que la critique de l’époque ne saisit pas nécessairement. La publication s’est faite entre 1865 et 1869, et près de 150 ans plus tard, la BBC décide de refaire le match, en série. Mal lui en a pris.

 

 

 

 

On hurle au crime, à la trahison, on s’étrangle dans les milieux intellectuels britanniques. L’adaptation jouit pourtant d’un casting de luxe : Jim Broadbent, Gillian Anderson, Paul Dano, Brian Cox et Lily James. Et le tout sous la houlette d’Andrew Davies, qui avait déjà réalisé l’adaptation d’Orgueil et Préjugés

 

Mais avec cette incursion dans le monde russe, la BBC est en train d’essuyer les plâtres. Certes, Davies a admis n’avoir jamais ouvert le livre, sauf quand on lui a demandé de se charger de cette réalisation. Mais le chercheur Andrew Kaufman, spécialiste de Tolstoï n’en peut plus : selon lui, on fait bien plus que simplement dénaturer l’œuvre originale.

 

Début du XIXe siècle. Napoléon conduit sa Grande Armée en Russie et la vie continue à Moscou. Le comte Rostov s'apprête à célébrer la fête de sa fille Natacha. Véritable garçon manqué, la jeune femme supporte difficilement le corset que sa mère l'oblige à porter. Là, se croisent le prince André Bolkonski et sa femme Lise, enceinte ; Pierre, le fils illégitime du comte Bezoukhov ; Maria Dmitrievna, la tante de Natacha ; et enfin Nicolas Rostov et sa cousine Sonia, follement épris, l'un de l'autre. Au cours du bal, un messager délivre un pli annonçant l'entrée en guerre de la Russie aux côtés de l'Autriche. Les hommes s'en réjouissent, les femmes s'en inquiètent...

 

 

Cette grandiose histoire d’amour, et de trahisons, avec pour trame de fonds les guerres napoléoniennes, souffre d’une forme de modernité excessive. Par exemple, retrouver des scènes d’inceste dans la version audiovisuelle, « cela n’a absolument aucune justification dans le texte. Cela n’existe tout bonnement pas », explique-t-il en s’arrachant les cheveux. 

 

Si la séquence ne se retrouve pas dans le livre, pourquoi l’avoir insérée de force ? Selon Davies, « l’allusion de Tolstoï est très claire : les personnages d’Hélène et Anatole Kouraguine ont une relation incestueuse ». Pas vraiment, estime un historien, Simon Schama, peu convaincu. « Il est vrai que le frère et la sœur ont une relation compliquée. Mais l’idée d’une scène gratuite dans une chambre à coucher est totalement inappropriée. »

 

Pour Kaufman, on tente tout bonnement d’imposer une perspective du XXIe siècle à un roman du XIXe... Si l’on respecte l’esprit, dans l’ensemble, de l’œuvre, ces ajouts n’apportent manifestement pas de choses plus intéressantes à l’adaptation. Et ne satisfont pas vraiment les connaisseurs... (via Telegraph)

 

On pourra également retrouver le livre à cette adresse.