Quand les technologies repoussent les limites de l'adaptation

Clément Solym - 26.11.2012

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - cloud atlas - life of pi - adaptation


Bien souvent, l'étiquette « non-filmable » d'un livre est le meilleur moyen d'attirer les réalisateurs les plus hardis. Très difficiles, voire impossibles, à gérer techniquement, ces oeuvres profitent d'un nouvel engouement, grâce aux nouvelles technologies numériques. Celles-ci permettent aujourd'hui de réaliser de véritables performances.

 

 


Cloud Atlas : bande annonce #2 VOST HD par cloneweb

 

 

Histoires décousues, univers monumentaux, structures complexes, personnages improbables, fantaisy extrême, bref autant d'obstacles qui ont pu empêcher l'adaptation cinématographique d'un bon nombre d'ouvrages où l'imagination fleurit à foison. L'un des récents exemples qui brave les difficultés est Cloud Atlas, du roman du même nom de David Mitchell, publié en 2004. Parmi ces adaptations ambitieuses, on retrouve également Life of Pi, en 3D, et très prochainement The Hobbit de J.R.R. Tolkien.

 

À juste titre, le critique Jesse Wente note : « Un livre n'est pas filmable que jusqu'à ce que quelqu'un fasse un film de celui-ci ». Malheureusement, sur ce genre de projet gigantesque, les réactions restent mitigées. Des coupes et des remaniements sont néanmoins nécessaires. Tous les nouveaux outils technologiques n'apportent pas une aide à la clarification. Ainsi, Larry Wachowski explique que l'équipe a dû retravailler le récit de Cloud Atlas pour le découper en segments et réarranger les morceaux en une seule histoire.

 

Tout comme pour Life of Pi, les écrivains admettent que pour ce genre de projet cinématographique, le but est de réaliser un film et pas seulement une adaptation fidèle d'un texte littéraire. « Quelques-uns des personnages qui étaient dans le livre et auxquels je suis très friands n'étaient pas sur l'écran », témoigne Salman Rushdie. « Mais à la fin, je pensais que l'important est de faire un film qui fonctionne comme un film ».

 

« Pendant des années, quand j'étais gamin, il était évident que vous ne pouviez pas faire d'adaptation des romans de Philip K. Dick », souligne Wente, programmateur à Toronto. « Certes Blade Runner est une adaptation d'un roman de Philip K. Dick, mais seulement dans un sens très lâche. Le roman s'appelle Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques? C'est une idée différente (mais) les deux sont des classiques ». Sans compter les exigences d'Hollywood.

 

 

Alice et les merveilles de Tim Burton

 

 

C'est notamment une explosion des outils de montage vidéo numérique qui ont permis d'envisager l'adaptation des ouvrages classés « non-filmable » sur grand écran.  « Au cours des 15 dernières années, il y a eu un changement spectaculaire en raison de la technologie numérique », affirme Wente (via Vancouver Sun).

 

L'imagerie générée par ordinateur dans Life of Pi n'existait certainement pas quand le livre est sorti en 2001. C'est l'une des raisons qui expliquent que l'auteur avait alors du mal à imaginer comment un film pouvait être fait à partir de son livre. De plus, une grande partie de l'histoire se déroule à travers la réflexion que génère Pi, héros aux prises avec de profondes questions philosophiques et spirituelles.

 

« Ce sont des mots faciles à écrire sur la page. Mais comment peut-on leur donner vie sur l'écran ? », « qui serait assez fou pour essayer ? », écrit Martel. Quand Lee s'est mis sur le projet, il a apporté avec lui des plans ambitieux que lui permettaient les nouvelles technologies : il bâtirait un réservoir de vague massive afin de recréer le gonflement de l'océan, il utiliserait des vrais tigres du Bengale qui seraient parfaitement intégrés grâce à des images générées par ordinateur, le tout en 3D pour simuler les profondeurs fascinantes du Pacifique.

 

Longues vies aux romans merveilleux.