Quand Mervyn Peake se prenait pour Hitler, le peintre

Clément Solym - 26.07.2011

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Peake - hitler - Mervyn


Se mettre dans la peau d'Hitler et peindre. C'est ce qu'a fait l'artiste britannique Mervyn Peake dans une série actuellement présentée en exclusivité aux Archives Nationale de Grande-Bretagne (Surrey).

Incrédule, il décida en 1940 non pas de peindre des paysages ou des pots de fleurs, mais les atrocités subies par les victimes de la Seconde Guerre mondiale, bien qu'il n'ait seulement qu'entendu parlé des camps. 



Ces peintures n'avaient jamais été présentées au public auparavant. Les Archives nationales de Grande Bretagne ont décidé de les exposer pour au musée de Kew, à  l'occasion du centenaire de la naissance de l'artiste, poète, et écrivain britannique Mervyn Peake (1911-1968).

Cette série fut peinte en 1940. Elle représente des victimes de la guerre mutilées, violées ou affamées, telles qu’Hitler les auraient imaginées. Elles sont légendées avec des titres décalés tels que : « Portrait de famille », « Toujours, la vie » et « le chiffre incliné ».

Mervyn Peake voulait que sa série soit exposée et demanda au Ministère de l’information de les publier, comme tract de propagande, présenté comme un catalogue illustré d’une exposition des œuvres d’Hitler. Le gouvernement accepta dans un premier temps, paya l’artiste et proposa d’imprimer 100.000 copies du tract pour les distribuer dans le sud de l’Amérique.

Cependant, en quelques mois, le gouvernement changea de décision, alors que Peake avait déjà vendu ces œuvres et ne pouvait ainsi plus les exposer ou les publier selon ces choix.

Quand son fils Sébastien se rendit à l’exposition ce mois-ci, ce fut la première fois qu’il voyait les originaux. « Ce qui est si extraordinaire avec les peintures de mon père, c’est qu’il créait des images très puissantes de villes en ruine et de personnes ravagées, qui devinrent par la suite si familière dans les films et en photos, tout ça sorti de son imagination, des années avant que tout le monde sache », souligne-t-il au Guardian.

Le biographe de Peake, Peter Winnington, pense que l’artiste s’est inspiré de la série de 82 gravures Les Désastres de la guerre du peintre et graveur espagnol Francisco de Goya. Il précise : « Il y a quelque chose de dérangeant dans l’idée que ces tableaux proviennent entièrement de l’imagination de Mervyn, alors qu’il vivait dans un confort relatif dans sa maison à Suffolk, et bien avant qu’il n’ait vu les atrocités de la guerre. »

Son fils envisage que Peake aurait puisé son inspiration dans des souvenirs d’enfance de Chine, où il est né en 1911, alors que son père soignait des malades en mission dans un hôpital de Hunnan.

Mervyn Peake est un célèbre auteur de Fantasy anglo-saxon (la trilogie de Gormenghast) et également connu pour ses illustrations de Alice aux pays des merveilles, de Lewis Carrol. Atteint de la maladie de Parkinson, Mervyn Peake est mort en 1968 après avoir passé plusieurs années à l’hôpital.