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Quino (Mafalda) reçoit la Légion d'Honneur au Salon du Livre

Antoine Oury - 22.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Quino - Mafalda - Légion d'Honneur


Événement majeur de ce Salon du Livre 2014, la venue de Quino a été fêtée dignement par le public, reparti les mains endolories à force d'applaudissements. Elle a été l'occasion d'échanger quelques mots avec le créateur de Mafalda, mais également avec Zep, présent sur scène aux côtés d'un de ses modèles. La Légion d'Honneur lui a été décerné, des mains de l'Ambassadeur de France en Argentine.

 

 

Quino (Mafalda) reçoit la Légion d'Honneur au Salon du Livre de Paris 2014

Quino reçoit la Légion d'Honneur au Salon du Livre de Paris 2014

ActuaLitté, (CC BY-SA 2.0)

 


Né le 17 juillet 1932, c'est après la Seconde Guerre mondiale que Quino, alias Joaquín Salvador Lavado, commence à démarcher « les rédactions, cartons sous le bras » : il propose alors ses dessins aux journaux de droite comme de gauche. Élevé dans une famille anticléricale, le personnage que deviendra Mafalda prendra des teintes très anticapitalistes, par la suite...

 

S'il rit bien volontiers au cours de ses réponses, le dessinateur a connu des périodes sombres de l'histoire de son pays, à l'instar de la dictature militaire. Pour autant, il assure n'avoir jamais été inquiété par les autorités. « Au Brésil, il y avait une censure officielle, qui agissait ouvertement. En Argentine, les journaux opéraient eux-mêmes une autocensure », explique-t-il. Bien entendu, quelques généraux ont tenté de censurer ses dessins, et il était plus prudent lorsque les escadrons de la mort battaient les rues en 1972-1973, mais pour le satiriste, cela ressemblait à la routine.

 

 

Quino (Mafalda) reçoit la Légion d'Honneur au Salon du Livre de Paris 2014

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

D'ailleurs, explique le dessinateur argentin, « Mafalda est une petite fille, et on me laissait donc faire. Elle paraît innocente. » Des propos qui rejoignent les observations de Zep, le créateur de Titeuf : « Je peux parler avec Titeuf de sujets que je ne pourrais pas aborder si je me mettais moi-même en scène, par exemple. »

 

« Ce qu'il y a de plus argentin chez Mafalda ? Moi. »

Quino

 

Le dessinateur revient sur ses jeunes années de dessinateur, après 60 ans de carrière : « Au début, je voulais savoir ce qu'était l'humour. J'ai lu Freud, Bergson... Et puis, je me suis rendu compte que les marins ne se demandaient pas ce qu'était l'eau. » Si la petite fille était au départ destinée à vanter les mérites d'un réfrigérateur, elle a finalement trouvé une existence plus longue que prévu.

 

Aujourd'hui, cependant, Quino s'affranchit quelque peu du personnage : il ne l'imagine pas à 50 ans, ne sait pas que la petite fille ferait aujourd'hui ou ce qu'il faut penser de la situation au Venezuela. En revanche, il est convaincu du sujet que la petite fille choisirait comme objet de moquerie : « La stupidité humaine. »

 

Après 60 ans de carrière et une Légion d'Honneur, également décernée à Mafalda, le dessinateur reste modeste : « Je voulais être Picasso, alors... Je suis content du résultat de Mafalda, mais pas totalement, du coup... » Et tant pis si Jean-Marc Ayrault a rebaptisé la petite du nom de Malfada...

 

 

Mafalda reçoit la Légion d'Honneur

Mafalda décorée (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)