Rencontre entre Yann Queffélec et Alain Rey : fuites et lignes d'horizons

La rédaction - 12.07.2017

Culture, Arts et Lettres - Salons - rencontre littérature auteurs - 13 dimanches bretagne - Ecole filles festival


Dans le cadre du festival littéraire L’été des 13 dimanches qui se déroule à l’École des filles, espace d’art au Huelgoat, une rencontre aura lieu ce 16 juillet, à partir de 15 heures. Yann Queffélec et Alain Rey viendront discuter autour du thème Courage, fuyons ! – sur une idée de Mona Ozouf.

 




 

Cette injonction renvoie impitoyablement au titre d’un film d’Yves Robert, où un personnage défini comme lâche est poussé par le contexte historique (mai 68) à se faire passer pour un aventurier. L’expression est beaucoup plus ancienne, et vient de la comédie. Dérision facile, dans cette pièce d’un certain P.-L. Lebas, Bonheur et Vertu, où un personnage profère : « Allons, du courage, fuyons : c’est un conseil que tu ne recevras pas souvent de moi. »

C’était en 1799. La formule amusa ; on la retrouve au théâtre, dans le feuilleton du journal Le Gaulois, en 1890 ; en 1979, le film, grâce à Jean Rochefort qui incarne la fuite honteuse avec invocation au courage, en fait une scie qu’on retrouve dans des draps, en politique…
 

Tout y repose sur un lieu commun : la fuite, au combat, est le contraire du courage. D’autre part, le thème du peureux arrogant est vieux comme la comédie elle-même. Cependant, il y a courage et courage, et l’on peut fuir à bon escient. Nous étions pourtant prévenus. Alfred Jarry notait que le courage simulait l’absence de danger : « Le courage peut être acquis : en éloignant le danger ; en éloignant la notion de danger. » Donc, s’éloigner du danger ou de la conscience du danger, même courage. C.Q.F.D.
 

De son côté, le philosophe Alain (Emile Chartier), courageux pacifiste, fait dans ses Cahiers une judicieuse remarque : « Le courage nourrit les guerres, mais c’est la peur qui les fait naître. » Voilà pour le courage des combats, car il y a d’autres courages.

Pour la fuite, on avait oublié un détail : tout dépend de ce que l’on fuit, et l’on peut fuir le mal, la catastrophe, la douleur, l’insupportable, sans que le courage, le cœur ait à en souffrir. Victor Hugo, à propos de l’évasion d’un forçat : « Il y a une étoile et de l’éclair dans la mystérieuse lueur de la fuite » (Les Misérables). Déjà, le père Corneille dans Horace : « La fuite est glorieuse en cette occasion. »
 

Trois ans avant le film qui remettait à la mode la formule ringarde qui fustigeait la fuite, cette lâcheté, un neurologue et psychologue, Henri Laborit, avait publié l’« Éloge de la fuite », seule arme humaine efficace contre les situations de désespoir, d’horreur, dont le monde actuel n’est pas avare. « Fuir ! là-bas fuir !… » clamait le poète absolu, Mallarmé, et c’est le cri universel de l’art, de la création, du besoin de s’envoler hors de l’ici-bas, de changer la vie…

Retournant la sotte dérision de la comédie bourgeoise, il nous faut, pour fuir l’insupportable, prendre le courage à deux mains, et ne pas le lâcher. 

 « Courage, sœurs humaines, frères humains, fuyons ensemble, libérons-nous ! » 
 

L'été des 13 dimanches à l'École des filles, festival littéraire à Huelgoat


Lexicographe, maître d’œuvre du Robert, Alain Rey est l’auteur de nombreux ouvrages et chroniqueur célèbre sur France Inter. Il publiera à la rentrée un titre magnifique chez Albin Michel, co-écrit avec Fabienne Verdier. Yann Queffélec a publié une quarantaine de romans. Il obtient le Prix Goncourt en 1985. En 2017, France 3 lui consacre un documentaire : « Yann Queffélec, l’océan, les mots ».


L'homme de ma vie - Yann Queffelec - Editions Libra Diffusion - 9782844928207 - 23.30 € / Editions Points - 9782757863046 - 7.10 €

Pourvu qu'on ait l'ivresse - Alain Rey - Robert Laffont - 9782221190296 - 30€
(à paraître 16/10) Polyphonies Formes sensibles du langage et de la peinture - Fabienne Verdier et Alain Rey - Co-Edition Albin Michel / Le Robert - 9782226321626 - 59 €