René Maran, premier Goncourt noir et précurseur de la négritude

Camille Cado - 05.11.2019

Culture, Arts et Lettres - Expositions - René Maran histoire Goncourt - René Maran négritude Batouala - René Maran scandale Gongourt


Ce mardi 5 novembre, Google rend hommage à René Maran, dont on célèbre le 132e anniversaire de la naissance, avec un doodle le représentant. L’occasion de plonger dans la mémoire du prix Goncourt au lendemain de la consécration de Jean-Paul Dubois pour l’édition 2019, et de se remémorer le scandale de Batouala, alors distingué en 1921 par la prestigieuse récompense. 



Pendant une journée, la page d’accueil du moteur de recherche met à l’honneur René Maran, premier auteur noir à recevoir le prix Goncourt pour son livre Batouala publié en 1921 aux éditions Albin Michel. Alors qu’hier le romand de Jean-Paul Dubois a été primé, les textes choisis par le Goncourt supportent-ils l’épreuve du temps ? Retour sur l’histoire de René Maran et de son ouvrage. 

Né à Fort-de-France en Martinique le 5 novembre 1887 et il arrive en métropole à l’âge de 17 ans, à Bordeaux plus précisément, après que ses parents se sont envolés pour le Gabon. Il commence à écrire très tôt, d’abord dans la revue lilloise Le Beffroi. 

Il quitte l’Hexagone — qu’il retrouvera plus tard — dès 1910 pour rejoindre l’Afrique et plus précisément l’Oubangui-Chari, aujourd’hui Centrafrique, où il devient administrateur d’outre-mer. Il publie alors quelques poèmes sous un recueil La Vie intérieure, poèmes 1909-1912  (éditions du Beffroi). Et puis, son premier roman, Batouala
 

Le scandale Batouala


Ce livre est un véritable tournant puisqu’il est récompensé en 1921 par le Goncourt, faisant de René Maran le premier écrivain noir consacré. Une nouvelle qui fait évidemment scandale à l’époque. 

Comme le rappelle Franceinfo, beaucoup d’articles étaient d’un racisme déconcertant. Comme Le Petit parisien qui livre ainsi la nouvelle le 15 décembre 1921 : 
 

M. René Maran, administrateur colonial, domicilié à fort Archambault, à deux journées de marche du lac Tchad, au milieu de noirs qui lui ressemblent comme des frères, a reçu hier le prix Goncourt [...] Depuis l’année 1903, époque où fut décerné le premier prix Goncourt, c’est la première fois que les noirs jouent et gagnent [...] sa qualité de nègre [...] a séduit les Dix de l’Académie Goncourt épris de couleur et d’étrangeté.



L'ouvrage fait aussi événement parce qu’il est critique vis-à-vis de la colonisation française : « Civilisation, civilisation, orgueil des Européens, et leur charnier d’innocents. Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. [...] Tu es la force qui prime sur le droit. Tu n’es pas un flambeau, mais un incendie. Tout ce que tu touches, tu le consumes » peut-on lire dans sa préface, alors même qu’il était administrateur d’outre-mer, rappelons-le. 

« René Maran va adopter une position où il ne porte pas de jugement de valeur sur les cultures des peuples noirs d’Afrique. Il décrit ce qu’il voit », explique Christian Éboulé, journaliste et critique littéraire sur TV5MONDE Info.

« Il est administrateur colonial et il est dans une position assez paradoxale. Il est du point de vue de sa couleur de peau exactement comme comme ceux qui sont à ce moment-là assujettis, colonisés. Et il se retrouve dans une situation où il doit leur appliquer des lois, qui, pour certaines, étaient d’une férocité incroyable ».

On comprend sans trop de peine que le livre sera interdit de publication en Afrique et que René Maran, alors en danger, sera dans l’obligation de démissionner.
 

 
 

André Maran, précurseur de la négritude


Dans les années 1930, René Maran fréquente assidûment le salon littéraire de Paulette Nardal où il rencontre  Léopold Senghor et Aimé Césaire.

« Évidemment, les pères de la négritude que sont Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor et Birago Diop lui doivent tout du point de vue de la négritude. D’ailleurs, ils n’ont cessé de le citer en référence, tous, tous, sans exception » reprend le journaliste. « René Maran était pour eux une référence et surtout un précurseur de la négritude. » 
 
D’autres livres suivront comme Livingstone et l’Exploration de l’Afrique publié en 1938 aux Éditions Gallimard, Un homme pareil aux autres en 1947 aux Éditions Arc-en-Ciel ou encore Félix Eboué, grand commis et loyal serviteur, 1885-1944 en 1957 aux Éditions Parisiennes, pour ne citer qu’eux. 

La postérité ne retiendra cependant que Batouala. André Maran sera aussi récompensé par le Grand Prix de la société des gens de lettres en 1949 et celui de poésie de l’Académie française en 1959, soit un an avant sa mort. 


Commentaires
Une coquille s'est glissée dans votre article : "André (!) Maran sera aussi récompensé par le Grand Prix de la société des gens de lettres en 1949..."
Bonjour

C'est acté et modifié ! Merci de votre coup d'oeil.

L'équipe.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.