Roses à crédit : le CNC refuse la sortie au cinéma

Clément Solym - 10.12.2010

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - roses - credit - triolet


Pauvre Elsa Triolet : brimée par son Aragon de conjoint durant sa vie, elle va connaître ce qui semble être un véritable reclassement. Elle passera des salles obscures au petit écran, suite à la décision expresse du Centre National du Cinéma.

Pas de chance donc pour le réalisateur Amos Gitaï, dont le film adapté du roman d'Elsa Triolet, Roses à crédit n'a pas obtenu l'accord de la commission d'agrément du CNC. Ad Vitam, le distributeur s'est fait recaler à l'entrée de la boîte, pour cause de baskets - et genre, ça va pas être possible.

La sortie dans les salles de France était prévue pour mercredi 15 décembre, mais c'est un refus catégorique qui a été objecté au distributeur. La raison est simple : le film serait trop proche de ce que la version prévue pour France 2 présentera durant le premier trimestre 2011.

Et dans l'optique d'une défense de la chronologie des médias, la plus simple des décisions pour le CNC était donc de refuser la distribution dans les salles, alors même que toute la promotion était sur les rails.

On marche sur la tête, puisque maintenant, la société Image et Compagnie devra attendre que France 2 diffuse la production, pour peut-être rêver d'une sortie dans les salles. Le CNC avait à ce titre participé à la réalisation de ce film, à la hauteur de 300.000 euros, pour que justement sortent deux versions distinctes : l'une pour le ciné, l'autre pour la télé.

Pas très contents

Nicole Collet, productrice du film proteste : « La version cinéma est pourtant plus longue, et donne surtout à la narration un autre éclairage en l'ancrant dans un contexte historique différent. » Oui, mais ce n'est pas suffisant. Pour Alexandra Henochsberg, directrice de Ad Vitam, citée par Le Point, la situation est sordide : « Cela ruine cinq mois de préparation. Les affiches et la bande-annonce étaient prêtes, 90.000 euros de frais d'édition étaient engagés... Si nous avions pressenti que ce serait si difficile, nous ne serions peut-être pas entrés dans ce projet. »

De son côté, le CNC estime que l'on ne peut pas tout avoir : le beurre, l'argent du beurre, et les pop corn : « Nous distribuons chaque année des millions d'euros pour soutenir les films, il est normal qu'une même oeuvre ne puisse cumuler des aides cinéma et des aides audiovisuelles. » Frédéric Brillion, président du CNC avait d'ailleurs considéré qu'il n'existait « qu'une seule œuvre. Dans ce cas, on ne peut pas accepter qu'un film soit diffusé sur une chaîne non payante seulement trois mois après sa sortie en salles. Si on remet en cause la chronologie des médias, c'est la mort de l'économie du cinéma ».

Alexandra Henoschsberg, citée par Le Monde, ne cache pas sa déception : « Je respecte la décision de la commission, mais elle ne repose sur aucune règle écrite. »